— Dire qu’il croit que je vais le tenir au courant et lui demander conseil !… Il a une dent contre eux, le chafouin ! Cela n’est pas mon affaire. Je ferai ce qui sera amusant, pas le reste. Michel est un bel homme ; ses yeux sont plus noirs que les miens… Cuirassier aussi me plaisait l’an passé… Et les autres, et les autres ! Mon beau parrain, si vous voulez les connaître tous, je vous ferai voyager.


A la même heure, aux Moulinettes, Madeleine écrivait avec grande application : elle écrivait sur une feuille de papier fleuri que venait de lui remettre son frère.

Lui, était assis à la table, en face d’elle, et l’eau bleue de ses yeux était mouvante et troublée.

Le malheur l’avait marqué ; il penchait un peu la tête comme un faible qui n’ose pas regarder la vie ; sa belle moustache, autrefois si soignée, s’ébouriffait, plus rousse sur le visage amaigri.

Depuis dix mois bientôt qu’il était infirme, il avait été bien secoué.

D’abord l’assurance ne lui avait donné en tout que six cents francs ; une fois les frais payés il s’était trouvé sans argent.

Durant quelques jours d’hiver il avait été occupé à tourner la manivelle d’un trieur de grains : besogne d’enfant ou de vieillard qu’il avait accomplie d’humeur piteuse, pour gagner son pain. Au printemps, il s’était embauché quinze jours à la ville pour un travail à peu près semblable. Puis il était revenu au Coudray et on l’avait employé petitement, ici ou là, au hasard du besoin. Il prenait les taupes dans les prés ; on le demandait pour conduire les bêtes aux foires ; on lui faisait ramasser des pierres ou tailler à la faucille les haies de broussailles : toutes besognes menues qu’on lui proposait par charité.

Il avait demandé une place de facteur, cette place qu’il comptait obtenir tout de suite, de plein droit, mais rien n’était venu. Pourtant, de ce côté, il avait depuis quelques jours grand espoir ; c’est pourquoi il écrivait à Violette.

— Eh bien ? maintenant, que faut-il mettre, mon grand ?