Tout de même, elle marchait lestement. Les bêtes des haies se dérangeaient sur son passage ; les lézards, à l’affût entre les primevères et les pensées sauvages, reculaient vifs et silencieux. Les mésanges et les bouvreuils se levaient sur leurs nids et montaient aux hautes branches ; les merles fuyaient brusquement dans un gros bruit de feuilles. Mais tous ces oiseaux n’allaient pas loin. Elle sentait qu’ils restaient là, cachés dans les saulées et les touffes de houx et qu’ils la regardaient avec inquiétude.
— Que nous veut celle-ci qui est si chargée et dont les talons sonnent si clair ?
Comme elle passait tout droit, ils reprenaient bien vite confiance et chantaient.
Madeleine relevait la tête vers les cimes vivantes et joyeuses et elle pensait :
— Oiseaux de par ici, j’entends que vous me faites accueil ; merci, mignons !
Ses yeux bleus éclairaient sa face rousselette.
— Petits musiciens du paradis, musiquez-vous pour ma noce ? Ainsi soit-il ! mais je suis vieille fille et je n’ai pas de galant… Petits, les jolis violons que vous feriez, et comme on prendrait gaiement la file derrière vous !
Un sursaut interrompit sa songerie. Elle jeta un cri :
— Engeance !
Devant elle, à dix pas, un écureuil traversait la route, tranquillement. C’était signe de male-mort ; elle en eut l’haleine coupée. Elle passa vite et se retourna pour regarder la bête qui bondissait maintenant avec une agilité diabolique.