Madeleine se pencha et, de son doigt dur, toucha la paume délicate dont la peau semblait une très fine pelure d’oignon. Crac ! la menotte se referme !… Et il tient, le petit ! Il serre ! Il tire !… Comment peut-il serrer si fort ?
Madeleine essaie de dégager son doigt… Mais non ! Eh bien !… la voilà vraiment prise ! Comment faire ? Si elle s’efforce trop rudement, il se réveillera…
Elle attend, ruse, échappe par glissements sournois… Ah oui ! il fait beau !… Un haut-le-corps sous la couverture, une ruade… La menotte se crispe, violente : tu ne t’en iras pas !
Madeleine n’ose plus bouger. Elle attend encore, elle se sent bien sotte ! Ses joues brûlent, ses jambes frémissent. S’il vient quelqu’un, on se demandera ce qu’elle fait, immobile, près de ce berceau. L’heure passe ; va-t-elle, dès le premier jour, faire attendre les hommes pour le repas de midi ?
Non ! l’enfant se réveille et, tout de suite, crie. Elle le lève en hâte.
Il la regarde un instant, il promène ses mains sur la figure inconnue ; puis, rassuré, il jase et joue. Il pince le nez de Madeleine, pique ses yeux, tire ses cheveux. Il se cambre en arrière, prend son élan et pouf ! cogne avec sa tête, la bouche molle, ouverte.
Onze heures ! Ce n’est pas possible !
Vite, Madeleine assied l’enfant sur une couverture pliée et court à sa besogne.
Quand Corbier entra avec les valets, une heure plus tard, il vit les deux enfants joyeux et la table proprement mise.
Madeleine, accroupie près de Georges, s’était relevée et se tenait maintenant devant le laboureur, un peu rouge, surprise de le voir si jeune.