Chez la cousine de l’Ouchette, il y avait ce jour-là une demi-douzaine d’enfants. Lalie et Jo parurent les plus beaux. Quelque dépit qu’elles en eussent, les femmes firent compliment à Madeleine ; elle se rengorgea.

On l’avait fait asseoir au bout de la table, un peu à l’écart parce qu’elle n’était pas de la famille ; elle prit Jo sur ses genoux et le fit manger dans son assiette, disant :

— C’est son habitude… il ne goûterait à rien, autrement.

Et elle parla, soutint les plaisanteries des hommes, conta l’histoire de cette femme d’Auvergne qui avait abandonné ses enfants.

La cousine demanda si c’était le mari de cette femme qui avait vendu la toilette des petits.

— Pas toute leur toilette, dit Madeleine, mais quelques morceaux.

La cousine observa en serrant ses lèvres minces :

— Je suis allée à sa voiture, moi aussi, mais il vendait trop cher… Chez nous, il n’y a pas d’argent à gaspiller.

Madeleine eut envie de rire.

— Celle-ci, elle est bien toujours la même ! pensa-t-elle. De l’argent pour ces toilettes, je n’ai pas été lui en demander… Je sais où il y en a, moi, de l’argent !