— C’est bon ! ma parole compte toujours ! N’en parlons plus !
Ce jour-là Madeleine mangea de bon appétit, fit toute sa besogne et, quand la nuit fut venue, elle dormit huit heures d’affilée.
Hélas ! dès le lendemain, l’attitude du patron fut telle que son angoisse revint plus âpre, plus pressante d’avoir été un moment refoulée.
Il lui parut qu’elle ne pourrait pas rester aux Moulinettes ; tous les marchés du monde n’y feraient rien. Elle aurait beau être sourde et muette et humble et lâche, elle ne pourrait échapper à cette folle inimitié.
Elle qui n’avait jamais été malade sentit qu’elle le devenait. Elle ne mangeait plus ; elle ne dormait plus ; une étrange lassitude lui cassait les membres.
Un matin, Gédéon qui s’était levé de très bonne heure trouva la porte du corridor ouverte. Comme il sortait, très intrigué, il buta contre Madeleine ; elle était assise à terre et luttait contre un évanouissement.
Le soir tombait, un soir d’octobre, beau comme un soir d’été, mais d’une beauté plus proche, plus intime, plus frissonnante. Le vent, qui avait été fort durant toute la journée et qui avait cueilli des feuilles innombrables venait de s’endormir ; seules quelques hautes cimes frémissaient encore, toutes rousses dans le brouillard doré des derniers rayons du soleil.
Michel mesurait l’heure à l’allongement des ombres. Toute la soirée il avait travaillé dans le pré derrière les bâtiments, éclaircissant les haies broussailleuses, étêtant les arbustes, coupant les ronces et les chèvrefeuilles : maintenant il était passé dans l’ouche aux chèvres et il achevait d’approprier les cheintres envahies durant l’été par une végétation hâtive et drue. A grands coups de faucille il abattait les herbes sèches, les ravenelles, les derniers chardons et les tiges rouillées des fougères.
De temps en temps il se redressait pour écouter et ses regards s’en allaient vers la route. Violette devait passer aux Moulinettes en revenant de St-Ambroise et il l’attendait ; l’heure approchait où elle allait venir.