— Encore un petit moment. Quand la brume d’eau sera levée autour de l’étang, elle sera dans ma vue.
Toutes ses pensées, jeunes, ardentes, partaient en folle cavalcade.
Près de la maison sonna la voix de Madeleine. Michel l’entendit et son humeur fut prompte à se lever.
Celle-ci, pourquoi était-elle encore chez lui ? Il ne pourrait même pas la renvoyer à bout de gage : le marché était fait et revenir sur sa parole eût été un déshonneur trop grand.
Cependant quel tort ne lui avait-elle pas fait dans l’esprit de Violette !
Voilà, aussi, c’était sa faute à lui, Michel ! Dès les premiers temps il avait laissé cette grosse fille prendre puissance en sa maison ; maintenant elle se carrait en la maîtresse place et elle prétendait régenter tout le monde. Eh bien ! on allait voir !
— Je suis le maître, et le seul !… Je finirais par tomber en dérision !… Je la ferai bien partir… elle le mérite ; ce sera bonne justice.
Il murmurait ces paroles pour s’affermir en sa résolution. Quand Violette était devant lui, sa rancune flambait haut, mais dès qu’il était seul, il lui fallait bien l’attiser un peu…
C’est qu’il y avait trois années de dévouement et de bonne amitié, il y avait la prospérité de sa maison, le bonheur de ses enfants et puis, peut-être, encore autre chose qui n’était pas tout à fait oublié.
— C’est la justice, c’est la bonne justice.