— Mais on pourrait aller en chercher un autre… le vieux de St-Ambroise, par exemple ?
— Eh bien, à votre désir, dit Madeleine.
Et elle tourna les talons.
Le nouveau médecin arriva dans l’après-midi ; pas bien vite celui-là et sans grands embarras.
C’était un petit vieux timide et sensible qui n’avait pas une grande réputation. Il ne fallait pas aller le chercher pour une blessure, car la vue du sang lui faisait mal. On disait qu’il n’avait pas fait de grandes études et que sa longue pratique ne lui avait pas appris grand’chose. Mais il avait tout de même ceci pour lui que, s’il guérissait peu de malades, il n’en tuait presque jamais.
Devant le lit où Lalie dormait toujours il se mit à parler bas.
— La pauvre mignonne… elle dort… il ne faut pas la réveiller ; il ne faut jamais réveiller les malades… C’est une brûlure, m’avez-vous dit ?… Pauvre petite bonne femme ! elle a dû souffrir un martyre… Je ne la dérangerai pas… Vous mettez de l’huile d’olive, n’est-ce pas ?
Madeleine répondit péniblement :
— Oui… de l’huile d’olive… c’est ce que je mets.
Elle s’était assise à côté du lit ; ses jambes étaient devenues molles, sa tête pesait ; elle ne soufrait pas, au contraire, ce ronronnement du médecin était sur sa peine comme un baume.