— C’est tout à fait ce qu’il faut… Continuez… et veillez à ne pas l’écorcher en la soignant… Ce sont les mains qui ont du mal et la joue gauche… Cela ne sera peut-être rien… Il faut l’espérer… Une si belle petite fille, ce serait grand dommage si elle restait défigurée ! Il faudra la distraire maintenant et la faire bien manger. Elle sera vite guérie… eh oui !… eh oui… C’est moi qui vous le dis : elle sera vite guérie… Les petits, il y a plaisir à les soigner… Comme elle dort ! Dites-moi, elle ne s’est pas beaucoup reposée, les nuits passées ?

Se détournant pour recevoir la réponse, il vit que Madeleine dormait elle aussi ! Écrasée de fatigue, elle dormait la bouche ouverte, sans presque respirer et elle était si blanche qu’on eût pu la croire morte.

Le médecin la montra à Michel, puis il fit « chut ! » et il sortit sur la pointe des pieds.


Assez vite Lalie cessa de souffrir et redevint joyeuse. Mais le feu laissa tout de même sa trace ineffaçable. Les cheveux repoussèrent, la joue droite redevint blanche et lisse, mais du côté gauche une grande balafre rouge resta, marquée pour toute la vie. Et les mains aussi, les jolies petites menottes aux beaux ongles se couvrirent d’une peau trop lisse et sans souplesse ; jamais les doigts, si lestes auparavant, ne s’ouvriraient complètement.

Quant à Madeleine elle ne se remit pas non plus tout à fait de cet ébranlement. Ce fut comme si son cœur eût été touché par le feu ; certaines fibres se desséchèrent et moururent.

A part les enfants toute chose lui devint indifférente. Elle était à nouveau la maîtresse en la maison. Michel subissait sans mot dire son autorité froide et il se tenait devant elle avec plus de timidité que les valets. Elle ne lui marquait point d’inimitié en ses paroles, mais, quelquefois, aux heures où il se montrait le plus humble et le plus aimable, le souvenir atroce lui passait dans l’idée et elle levait vers le jeune patron, au cœur changeant, des yeux secs qui ne pardonnaient pas.

L’hiver vint. Jo eut la rougeole.


Boiseriot prenait le café chez Violette. Ils avaient déjeuné en tête en tête, la mère de Violette étant occupée dans le bourg à une lessive.