Depuis quelque temps, elle recommençait à être heureuse ; son courage revenait petit à petit et sa tranquille humeur. « Tu es là-bas pour longtemps » disait la mère. Pour longtemps ! mais elle y était pour toujours !

— Jo ! allons, viens mon petit !

L’enfant, à une croisée de sentier, s’était arrêté et se dressait contre un échalier.

— Nêne, regarde !

Madeleine, s’approchant, aperçut une fille en larmes qui venait très vite. Elle reconnut Tiennette et n’eut pas le temps de s’étonner : la petite franchit l’échalier et, tout de suite, se mit à dire, en grand trouble :

— Tu sais, je m’en viens chez nous !… Il y a assez longtemps que cela dure… Je ne suis pas voleuse… le reste, passe encore, mais pas cela !… Je ne retournerai pas là-bas… L’an passé, j’y étais bien ; maintenant je ne sais pas ce qu’ils ont…

Madeleine lui prit les mains, l’attira vers le fossé.

— Qu’est-ce qu’il y a… allons raconte moi…

— Je ne suis pas une voleuse, criait la petite… Je ne veux pas qu’on ait l’air de le croire ! Et puis sur ma conduite il n’y a rien à redire !…

— Apaise-toi !… viens t’asseoir ici.