Madeleine demanda un peu distraitement :
— Tu as vu Tiennette ?
— Oui… c’est à cause d’elle que je suis venu… Il y en a un aussi que j’aurais voulu rencontrer, un mauvais loup rouge à qui j’aurais bien cassé les dents… Je n’ai pas pu ; tant mieux pour lui.
— De qui parles-tu ?
— De Boiseriot… Je l’ai bien vu, parbleu, mais pour l’aborder seul, ce n’était pas le jour ! Tout à l’heure encore, à St-Ambroise, il était attablé au café avec ton frère.
— Avec mon frère !
— Oui… et j’en ai été étonné !… Ils étaient seuls à leur écot et buvaient de l’eau-de-vie. Je me suis assis à une table et j’ai attendu en vain la sortie de Boiseriot. Je les voyais bien ; Boiseriot faisait l’ivrogne, mais c’était un faux jeu car il vidait son verre sous la table… Quant à Cuirassier ! Eh bien, lui, je pense qu’il était parti !… Il criait : « Tu dis à dix heures, à la croisée de Bellefontaine ?… C’est le coup ! »… Et il jurait, il tapait sur la table, il roulait de gros yeux… Il devait en avoir avalé, de l’eau-de-vie, pour être dans un état pareil !
Madeleine murmura :
— Quand il a bu, il est comme fou.
Dans la maison, l’horloge sonna.