— Gédéon ! Gédéon !

Mais sa voix s’étranglait et n’allait pas loin. Elle traversa le jardin, courut sur la route du côté de Château-Blanc.

— Gédéon ! A l’aide, Gédéon !

Aucune réponse ne vint. Elle se tordait les bras.

— C’est ma faute ! C’est ma faute !… C’est que j’ai prié !… Damnation !

Comme une folle elle prit sa course à travers champs du côté de Bellefontaine. Les sentiers ne se voyaient plus ; dans un grand clos elle s’égara, ne put trouver la barrière ; il y avait devant elle une grosse haie : elle se jeta entre deux touffes d’épines, appuya de tout son corps et roula de l’autre côté dans un fossé profond.

Le cœur lui manquait ; elle fut obligée de rester assise dans ce fossé. Un oiseau de nuit qui passait jeta son cri. D’un grand effort elle se releva ; ses mains montaient au-dessus de sa tête et se déchiraient. Au cri de l’oiseau de nuit une idée s’était éveillée en elle et, contre cette idée monstrueuse, elle se débattait avec épouvante.

— Non ! non !… pas à ce prix !… Je ne veux pas qu’ils soient orphelins !… Je ne l’ai jamais voulu !… Je suis maudite !

Elle courait en haletant.

— Je suis maudite si j’arrive trop tard !