Au-dessus des haies, elle apercevait une grande masse noire : c’était, bordant la route, la futaie de Bellefontaine. Encore trois champs à traverser… encore un… La voilà sous les grands arbres ; elle n’hésite pas, elle va comme en un rêve. Juste à la croisée des chemins il y a deux chênes dont les branches se mêlent ; elle y court et ses mains s’abattent sur les épaules d’un homme accroupi entre les troncs jumeaux.
— Jean, que fais-tu ici ?
L’homme se redresse, recule :
— Madeleine !
— Oui, c’est moi… viens-t-en ! tout de suite !
Sa voix est une voix de commandement, âpre, tranchante ; lui, en réponse, fait entendre un rire terrible, un rire de forcené.
— Jean, tu m’entends… marche devant moi.
— Toi, de quoi te mêles-tu ? Va te coucher ! les filles honnêtes ne courent pas les chemins, la nuit.
Lent et lourd, il la repousse, il la reconduit sous les arbres. Les voici dans un pré où la nuit semble plus claire. Madeleine se suspend au bras de son frère.
— Allons, Jean, viens ! suis-moi !