— Donne cela ! allons donne !… Tu le veux bien, n’est-ce pas ?

Crac ! Madeleine, par ruse, a cassé le manche souple ; elle saisit la masse et la jette le plus loin qu’elle peut.

— Viendras-tu maintenant ?

Mais, à nouveau, roule le rire farouche.

— C’est pour la mort !… J’ai mon couteau… et puis je n’ai besoin de rien, pas même d’un bâton. J’ouvre ma main et je la referme… C’est pour la mort ! Va-t’en !

— Jean, tu te damnes !… Et moi aussi, je serai damnée… Tu ne sais pas !… deux pauvres petits… ils dorment là-bas si doucement… viens les voir… Qu’est-ce qu’ils t’ont fait ces innocents ?

— C’est pour la mort… Il n’y a rien à dire. Ote-toi de mon chemin.

Madeleine s’accroche, noue ses bras et elle dit les dernières paroles, elle ment désespérément.

— Écoute, je ne veux pas… Je l’aime ! oui ! je l’aime !… Je ne te le disais pas d’abord… c’est que j’avais honte… Maintenant, tu le sais… Je ne veux pas que tu lui fasses de mal. Ce serait me tuer, vois-tu… tu ne le feras pas, Jean, mon frère… Viens ! allons-nous-en… si ! si, allons-nous-en… Tiens, j’empêcherai le mariage ; je le puis encore, moi ! — Tu vois qu’il faut me suivre… Je te dis que tu ne le toucheras pas ! Je le défendrai ! Je vais crier quand il viendra… et la honte sera sur toi, sur moi, sur toute la famille.

Lui, rudement, secoue ses grosses épaules.