Tout à sa joie nouvelle il ne voyait pas le pauvre visage anxieux. Elle dit :

— Les enfants vont bien ?

— Tout à fait ; je vous remercie… Les premiers jours ils étaient désireux de vous voir… Maintenant, cela va tout seul : Violette les a apprivoisés…

Elle détourna la tête. Alors, seulement, il s’aperçut de son trouble, et il dit bonnement :

— Vous savez Madeleine… vous nous avez donné, quatre années durant, beau travail et grande amitié… quand votre idée sera de passer aux Moulinettes, cela nous sera toujours contentement… Et je désire que vous viviez en joie et en santé, Madeleine.

— Moi de même… Merci Corbier !

Elle s’en alla en sanglotant.

Oui, elle y retournerait aux Moulinettes… et tout de suite… puisqu’elle était venue jusqu’ici maintenant. « Ils étaient d’abord désireux de vous voir, mais Violette les a apprivoisés ». Comme cela, en quinze jours ! Si cela n’était pas risible ! Et comment, apprivoisés ? avec des dragées peut-être… C’est tout ce qu’elle pouvait trouver, la mauvaise ! Elle ne pouvait pas leur donner d’amitié, elle n’avait pas de cœur… Madeleine le savait bien.

Apprivoisés ! oui, cela la faisait rire… on allait bien voir ! A l’avance elle pliait le cou comme si elle eût déjà senti l’étreinte des petits bras. Les mignons ! jamais ils ne l’oublieraient… N’était-elle pas leur vraie mère ? Est-ce que les enfants oublient leur mère en quinze jours ?

Courant presque, elle prit la virette du village et arriva devant la maison. La porte était ouverte ; elle entra.