— Vendre ! Pas de mon vivant, toujours ! Le champ du Gros Châtaignier est à la famille depuis les temps des temps comme une terre de nobles… quant aux deux autres, c’est ta défunte mère et moi qui les avons achetés… Nous nous sommes baissés tant de fois pour ramasser ça pauvre !

— Moi aussi, père, je me baisse ! moi aussi je regarde la terre plus souvent que les nuages du ciel… et je ne ramasserai que de la misère parce que je n’ai plus d’amitié que la vôtre et plus de bras pour aider les miens.

Sous la douceur des paroles, une révolte sonnait. Et le père crut devoir dire :

— Mon bon gars, le malheur est venu sur toi… que veux-tu ! Il ne faut pas faire rébellion ; on ne se redresse pas… on ne plie pas… on marche…

— Eh bien ! je marche !

Ils se turent, immobiles, la tête baissée, en orgueilleux qui cachent leur émotion.

Puis le père reprit avec des hésitations, des tâtonnements de prudence.

— Sûrement, tu as du malheur… et tu es un bon… tu es méritant… Si tu n’avais pas à payer une servante — et une forte — les choses iraient autrement. Encore, de ce côté, tu n’es pas mal tombé : ta maison ne va pas à l’abandon comme des maisons que je connais.

— Peuh ! c’est chez nous comme ailleurs !

— Non ; il faut parler juste… Celle d’ici, tu ne la remplaceras pas. Moi, je vois… je suis souvent à la maison… Eh bien, j’ai déjà compris qu’elle se donne grand souci. Regarde ! rien ne traîne… Va voir ses bêtes, va voir sa laiterie… Et puis, d’une autre manière encore, elle est meilleure que les autres : tes enfants sont autour d’elle comme deux petits chats au soleil. Je le dis que je vois ça, moi, mon gars.