Il s’était relevé d’un vif mouvement d’épaules.
— Voilà, maintenant… je t’ai fâché ! murmurait le père.
— Fâché ? ne le croyez pas ! Je vais par là… marcher un peu… J’ai les jambes mortes.
Il remonta vers les bâtiments, il en fit le tour, passa dans l’ouche aux chèvres qui se trouvait derrière. Rien ne traînait, avait dit le père. Il eut dépit à constater que c’était vrai… Des hardes séchaient sur la haie, soigneusement placées. Il vit des torchons en loques, mais très blancs. Pourquoi avait-elle lavé cela avec tant de soin ? Espérait-elle en tirer encore parti ?
Il prit le routin de l’étang. Naguère, par les beaux dimanches comme celui-ci, il s’en venait par là avec Marguerite et Lalie. A l’ombre d’un gros chêne, devant l’eau moirée, il avait vécu les plus tendres heures de sa vie.
Il fut dans la prairie : comme autrefois, la marche y était silencieuse et douce. Il suivit la haie de bordure : comme autrefois, des noisettes y mûrissaient dans leur petit godet blond — les noisettes qu’il offrait au bout des branches et que Marguerite cassait entre ses dents fraîches. — Comme autrefois, il y avait une charrière près de ce gros alizier d’où fuyaient les merles ; on voyait, de là, tout l’étang et, en se penchant un peu, la tête ronde du chêne à l’ombre duquel…
— Ah !
Il s’immobilisa, le buste en avant.
A l’ombre du gros chêne, devant l’eau moirée, une jeune femme, en joyeux corsage du dimanche, jouait avec un petit enfant… Comme autrefois !