Lalie qui se lassait vite du même plaisir se tenait près du barrage, sur le bord de l’étang. Elle avait commencé par lancer des pierres dans l’eau ; maintenant, n’en trouvant plus, elle jetait des baies de douce-amère.

— Madeleine ! des poissons !

Madeleine s’approcha avec le petit. L’eau, qui de loin semblait noire, était au contraire d’une transparence admirable. Quand une graine tombait, les poissons sortaient des profondeurs. C’étaient de petits gardons d’une vivacité extrême ; et l’on distinguait très bien les yeux jaunes, la bouche ronde, les nageoires roses étendues comme une dentelle. Ils happaient si vite les graines qu’on ne les voyait pas disparaître.

— Ham ! ham ! encore une… les petits gourmands !

— Lalie ne te penche pas tant… viens Lalie !

Madeleine ramena les enfants sous le chêne. Elle avait peur de l’eau depuis son enfance. Une vieille tante un peu folle lui avait fait tant de contes de fadettes et de laveuses noires qu’elle ressentait toujours, devant l’eau dormeuse des étangs, une sorte d’attirance mystérieuse et effrayante.

— Il ne faut pas s’approcher, vois-tu… Il y a dans l’eau des bêtes très méchantes qui tirent les petits enfants par les pieds…

— Jouons, Madeleine ! disait Lalie sans écouter. Je serais une marchande, je vendrais des épingles… Jo serait un petit garçon… tu serais sa maman. Vous seriez dans votre maison… Tu vois : ces petits bois, c’est des épingles… Je frapperais à la porte : « Il y a du monde ? »… Tu dirais : « Bonjour Madame, je voudrais des épingles pour attacher le fichu à mon petit garçon… » Entends-tu, Madeleine ? Jo est un petit garçon… tu es sa maman !… Si tu aimes mieux, ça serait des dragées… Jo dirait : « maman, je veux des dragées à la marchande… »

— Petite sotte ! tu vois bien qu’il ne peut pas dire cela… Écoute-le !

— Ma… ma… ma ! bégayait Jo.