— ou peut-être des femmes, ou peut-être des drôles, en des temps où les gens étaient pires que des sauvages ? Redites-le Corbier, que c’est abominable…
La fâcherie était inévitable et elle s’en irait sur l’heure.
Dès ce soir il lui fallait rassembler ses hardes, afin de pouvoir les empaqueter en quelques minutes. Elle ouvrit l’armoire, plia ses jupons, chercha ses mouchoirs.
Les hardes des petits étaient mêlées aux siennes. Malgré sa rancune cela lui faisait une grosse peine de les en séparer.
Elle prit son flacon d’eau de senteur et le plaça tout en haut, au milieu de l’étagère. Elle l’avait acheté pour eux, elle voulait le leur laisser. Mais l’autre qui viendrait le prendrait sans doute pour elle. Non !… pas cela par exemple !
Alors elle sortit les brassières, les bas, les bavoirs du petit, les sarraus de Lalie et ses rubans de cheveux. Puis, toutes ces choses étendues sur la table, elle vida son flacon, goutte à goutte comme elle eût jeté de l’eau bénite.
— Mignons, que cela vous porte bonheur !
Elle voulut encore faire quelque chose pour eux. Mais il était tard. Pour ne pas éveiller l’attention, elle laissa ses sabots, marcha silencieusement par la chambre.
Elle s’aperçut que les bas de Jo étaient troués : elle les raccommoda. Lalie grandissait vite, son sarrau du dimanche était court ; elle n’aurait rien pour s’habiller proprement… elle serait moins belle que les autres petites qui ont une mère…
Madeleine avait un tablier d’étoffe ancienne à ramages rouges ; elle le coupa ; avec une adresse qu’elle ne se connaissait pas elle se servit des morceaux pour allonger le sarrau et en changer la ceinture.