Il était près de minuit ; elle travaillait avec une lenteur minutieuse.
Le sarrau remis à neuf, elle chercha ce qu’elle pourrait faire encore. Rien… toutes ces pauvres petites choses étaient en ordre, bien propres, bien nettes.
C’était fini. Elle pleurait.
Dans quinze jours, en quel état tout cela serait-il ? Qui donc maintenant allait s’occuper de Jo ? Est-ce qu’on songerait à lui autrement que pour le bourrer de soupe épaisse ? Il lui fallait encore son biberon le soir en s’endormant ; deux fois par jour il prenait un œuf bien frais, bien mou, qu’il fallait avoir la patience de lui faire manger par petites cuillerées…
— Mes pauvres, peut-être, après tout, vous sera-t-elle bonne celle que votre père ira chercher… Vous l’aimerez, vous ne songerez plus à Madeleine… et, quand vous serez grands, vous ne me reconnaîtrez pas.
Elle pleurait en replaçant les hardes dans l’armoire.
— Je ne peux pas rester pourtant ! Votre père est méchant… et moi je suis méchante… on est méchant quand on est grand… On ne pardonne rien… On n’est pas plus fin que les gens de l’ancien temps qui se faisaient la guerre.
Madeleine pleurait en regardant le berceau et le lit clair de forme nouvelle.
Elle avait, dans une boîte, quelques rubans, une bague, une épinglette et un petit collier d’argent. Elle prit le collier et le passa sous les cheveux de Lalie.
Quant au petit, elle n’avait rien à lui donner, rien qui convînt à son âge. Et, depuis quatre mois qu’elle était aux Moulinettes, elle n’avait pas encore songé à lui acheter la moindre chose inutile qui eût été un souvenir.