et dans son ivresse commençante, ces paroles prononcées à voix posée lui avaient été encore plus cuisantes que les moqueries des dresseurs de pailler.

— Ce n’est pas mon idée ; le grand a de l’avantage et pousse plus de paille.

Autour de la vanneuse, maintenant, on discutait leur travail. Et, de proche en proche, la discussion animait tout le monde ; la vieille querelle renaissait, les catholiques tenant pour Boiseriot et les Dissidents pour Cuirassier.

Eux, entendant cela, ne se regardaient plus. Penchés sur la table ils faisaient une besogne terrible ; Boiseriot était le plus adroit ; il jetait ses mains en avant avec la promptitude d’un chat. Chacun de ses gestes portait, poussait la paille juste assez pour qu’elle fût happée par la machine… Et il ne suait même pas, il n’avait pas l’air de se douter de la chaleur avec son chapeau enfoncé sur ses oreilles.

Cuirassier travaillait comme il se serait battu. Une rage le tenait, la rage des soirs d’ivresse. Le sang lui avait sauté à la tête, chassant toutes ses idées ordinaires qui étaient douces et sensées. Les mâchoires serrées, les yeux larges, il tremblait d’une colère folle, colère contre Boiseriot, contre les catholiques, contre la vanneuse, contre la paille, contre tout ! Lançant le torse, il balayait furieusement la table.

— « C’est le petit qui engrène le mieux ! »… Bon Diou, je vais leur faire voir !… Mauvaise engeance !

Il cria :

— Amenez ! Amenez de la paille !

Les coupeurs de liens lui poussèrent des gerbes, et lui, de toute sa force, lança ses grands bras…

— Hââ !