Il y eut un craquement d’os brisés. Le mécanicien avait bondi au levier de mise en marche et s’y cramponnait, les yeux fous. Et tous, ceux qui chantaient et ceux qui se disputaient, ceux du pailler, ceux des échelles, ceux du tas de gerbes, tous s’étaient immobilisés, les mains hautes, un cri de terreur arrêté dans la gorge.
Sur la table à engrener, Cuirassier gisait la face en avant : la vanneuse venait de lui manger un bras.
On l’avait transporté à l’hôpital et l’on avait coupé tout ce que la vanneuse avait laissé à son épaule droite.
Quand il était revenu à lui, il avait dit aux médecins :
— Vous auriez mieux fait de m’achever… Si vous croyez que je vais vivre comme ça !
Et, trois jours durant, il leur avait mené une belle danse, criant sans désemparer et d’une voix farouche :
— Je me ferai périr… je me ferai périr !
Mais ces mauvaises idées s’en étaient allées avec la fièvre ; maintenant il était un malade très patient et très doux, qui ne guérissait pas vite, par exemple, à cause de sa grande tristesse.
Presque tout son sang était parti par l’affreuse blessure. Il demeurait aussi blanc que ses draps et, quand il levait la tête, ses yeux bleus chaviraient de faiblesse dans les orbites.