Il disait « papa » et « Lalie », mais « Madeleine » était trop long pour lui et il n’essayait pas. Tout de même, un jour, il se mit à crier : Nêne… Nêne… Nêne !
Madeleine le souleva jusqu’à son visage en un élan de Joie. Et puis, tout de suite, une idée vint, cruelle, chassant le sang de son cœur. Nêne ! c’était bien l’abréviation de son nom, mais c’était aussi l’abréviation d’un autre nom qu’elle n’avait pas le droit de prendre.
A Chantepie, comme à Saint-Ambroise, comme dans les autres pays, on disait « Nêne » pour marraine ; c’était un mot très courant, employé par les grandes personnes comme par les enfants.
Sa « Nêne », à ce petit, c’était Georgette, cette belle-sœur de Michel, dont on ne parlait pas dans la maison, celle dont Madeleine avait pris la place.
— Nêne !… Nêne !…
Ce nom remuait Madeleine comme l’autre nom qui était trop beau et défendu. Elle éprouvait à l’entendre le même frisson de joie coupable… et elle serrait l’enfant sur sa poitrine avec emportement.
— Je ne sais pas, mon Jo, si c’est bien honnête de te laisser dire.
Le soir même, elle parla au vieux Corbier, n’osant s’adresser à Michel.
— J’ai une chose sur le cœur… c’est à cause du petit… Il m’appelle Nêne, ce mignon… Je ne sais pas si cela vous conviendra, ni si cela conviendra à son père… Si ce n’était pas à votre gré, je pourrais peut-être bien lui faire dire mon nom d’une autre manière.
Dans l’ombre où elle parlait, le vieux ne voyait pas son visage anxieux et ses yeux pleins de larmes ; mais il sentait le tremblement de sa voix, et il répondit charitablement :