Nous, nous voulons une plénitude de vérité, une pensée, non de fiction, mais de réalité. Nous voulons la Vérité — c’est-à-dire, retrouver le mystère du monde, que leur vain orgueil a voulu nier. Nous voulons être plus riches qu’ils n’ont été.

Ils ont peur de l’Absolu. Mais, en Afrique, il n’est point d’âmes tièdes. « Nous accepterons la Vérité, quelle qu’elle soit, vînt-elle même de Dieu », voilà ce que disent ceux qui sont devenus des hommes en Afrique. Et ils ajoutent : « Qui donc nous donnera la Vérité, qui nous mènera du contour apparent des choses à leur essentielle réalité, si ce n’est Dieu ? » En vérité, ils sont des aveugles — mais qui demandent du moins la lumière.

Miserere mei, Domine, fili David ! — Quid tibi vis faciam ? At, ille dixit : Domine, ut videam !

Et, perdus dans l’ombre, ils attendent la Main qui touchera leurs paupières.


Pendant des jours et des années, nous nous sommes baignés dans l’unité du monde, et nous avons dormi sous les étoiles. La solitude, la divine solitude nous a rendus à nous-mêmes, et que de richesses nous y avons retrouvées : rêves de l’Église, promesses d’Israël, mouvements obscurs, palpitations, bruits d’ailes !…

Le grand silence de nos Thébaïdes préparait les voies de la Grâce. Nous voyions une grande avenue bien droite qu’une lumière jeune baignait. Et nous marchions pleins de confiance, ayant oublié nos cités. Mais, moins heureux que les pèlerins d’Emmaüs, nous attendons toujours « la fraction du pain ».

Deum quem in divinae scripturae expositione non cognoverant, in panis fractione cognoscunt. « Ils savaient, dit Saint Grégoire le Grand — et c’est Jésus qui leur avait fait la leçon ! — et pourtant ils restaient dans les ténèbres. Et il a fallu la fraction du pain pour qu’ils reconnussent Jésus, c’est-à-dire toute la Vérité. »

Il me semble que nous savons. Ne nous manque-t-il donc plus que le vrai signe de la reconnaissance, le gage de la certitude : la FRACTION DU PAIN ?

CHAPITRE XII
DANS LE TIRIS