Je restai dix jours dans ce site austère et magnifique.

Souvent, j’allais dans la montagne. J’y trouvais des gorges resserrées où croissaient de maigres arbustes, des pentes vierges, pelées par le vent, que, seuls, visitaient de loin en loin, les mouflons et les oryx.

Dans ce royaume du silence, je pensais, je ne sais pourquoi, à ce grand silencieux que fut Livingstone. Stanley cite un des préceptes que le solitaire avait coutume de répéter : « N’oublie pas, disait-il, que tu devras rendre compte de toutes tes paroles inutiles. »

Voilà bien le conseil de toute l’Afrique. Ici les bavardages dont on a coutume en Europe, seraient intolérables. A leur fatigue se joindrait le sentiment pénible d’une indécence.


C’est tout naturellement que nous appelons une pensée catholique dans un pays qui n’a pas de pensée propre. Quelle autre matière pourrions-nous jeter dans cette forme vide ? La pauvreté de nos premières écoles nous accable. Ici, il nous faut quelque amour excessif, quelque grand cri dans le désert : Vox clamantis in deserto…

Ce que l’on m’a appris pendant vingt ans, me laisse impuissant vis-à-vis de moi-même. Or, ici, je suis seul avec moi-même.

J’aime à me persuader que ce sol divin appelle la Grâce. N’en ai-je pas fait l’expérience et oublierai-je tant d’heures d’onction, qui ont jalonné ma pauvre route solitaire ? — Deux siècles durant, au troisième et au quatrième, la Grâce donne ses plus belles fleurs dans un désert semblable, la Thébaïde. Et aujourd’hui, c’est elle encore que nous invoquons.

Si belle est la Face de Dieu sur ces Horebs ! Ici, je sens que la Grâce peut jouer à plein, qu’elle est chez elle, sur sa terre d’élection.

Certes, nous voici bien allégés de tout le poids oppressant de la fausse science, de la fausse raison. Vus de loin, nos savants, nos philosophes, ceux qui mènent la cité et dirigent la jeunesse, nous ont paru de pauvres ombres, vides de tout contenu. Ces hommes-là ne sont pas vrais.