I. Au fond du ciel, je vois la très tranquille Trinité : le Père, la première Personne, qui n’est engendrée d’aucune autre ; le Fils, la deuxième Personne, qui est engendré du Père avant tous les siècles ; le Saint-Esprit, la troisième Personne qui procède du Père et du Fils. Trois Personnes et pourtant une seule substance. Trois personnes que l’on ne peut distinguer que par leurs propriétés respectives, mais dont la substance est unique, égale en gloire, éternelle et toute puissante. Je vois l’adorable fécondité du Père, qui, se considérant et se connaissant Lui-même, engendre le Fils, par une génération incompréhensible, par une génération en dehors du temps. Je vois le Fils, le Verbe incréé, égal au Père, coéternel et consubstantiel. Je vois leur mutuel Amour, le Saint-Esprit qui unit à tout jamais Celui qui engendre et Celui qui est engendré, égal à l’un et à l’autre, procédant de l’un et de l’autre.

En mon âme je vois trois qualités : l’être, la volonté, la connaissance. Je suis, je veux, je connais, trois qualités distinctes dans une seule et même âme — faite à l’image de Dieu. L’Être produit la connaissance et la volonté. La volonté procède de l’Être et de la connaissance. La connaissance ne procède pas de la volonté, mais elle est engendrée par l’Être. Si j’étais une nature en qui tout fût substantiel, sans qu’aucun accident ne pût survenir à la substance, je serais trois personnes subsistantes dans une seule substance, c’est-à-dire que je serais Dieu. D’où il suit que le mystère redoutable est en mon âme d’abord, avant d’être en Dieu (Voir Bossuet, Élévations, IIe sem., VIe Élév., éd. Guillaume, II, 184).

Je suis forcé de confesser la très Sainte Trinité, sous peine de reconnaître l’imposture des Évangiles et de toute l’Écriture Sainte — imposture si grossière qu’il serait impossible d’admettre que dix personnes seulement aient pu y croire. Dans tout l’Ancien Testament, le Fils de Dieu est annoncé, le Saint-Esprit est mentionné. Dès les premières lignes de la Genèse, ne dit-on pas : « L’Esprit de Dieu était porté sur les eaux » ? Dans les Évangiles, Jésus-Christ se dit Fils de Dieu.

Patrem suum dicebat Deum, aequalem se faciens Deo (Jo., V, 18).

Princeps sacerdotum ait illi : Adjuro te per Deum vivum, ut dicas nobis si tu es Christus, Filius Dei. — Dicit illi Jesus : Tu dixisti (Matth., XXVI, 63 — 64).

D’autre part, Jésus-Christ dit aux Apôtres :

Euntes ergo docete omnes gentes, baptizantes eos in nomine Patris et Filii et Spiritus sancti (Matth., XXVIII, 19).

II. Au fond du Ciel, je vois encore Jésus-Christ, le doux Seigneur des Chrétiens, mon Rédempteur. C’est là qu’Il trône, en son corps glorifié, que rien d’humain ne peut nous représenter, puisque ce corps a d’abord été formé du Saint-Esprit et du sang très pur de la Sainte Vierge, puis enfin glorifié, c’est-à-dire, rendu parfaitement lumineux, incorruptible, doué d’ubiquité, de transparence et de légèreté absolue et d’immortalité. Or, si une foi refuse d’adhérer à ce mystère, je sais du moins — par le témoignage de Luc, notamment — que les onze apôtres ont entr’aperçu ce corps glorieux dans sa royale ascension.

Et, cum haec dixisset, videntibus illis, elevatus est, et nubes suscepit eum ab oculis eorum (Act. Ap., I, 9.)