Si le sacrement eucharistique est vrai, les plus riches bénédictions seront sur nous, nous aurons vraiment la plénitude de la vie surnaturelle. S’il est faux, nous serons privés de cette bénédiction et de cette plénitude. Il faut donc y regarder à deux fois.

L’Eucharistie est la pierre de touche. Assurément, on ne peut rien imaginer de plus difficile à accepter pour la faible raison humaine. Jésus nous a déjà beaucoup demandé. Mais ici, il dépasse les bornes. « Encore un effort, dit-il. Cela aussi, il faut le croire. Je n’attends pas moins de vous. N’êtes-vous pas mes bien-aimés ? » On hésite, on tremble, et puis on baisse la tête : « Allons, il le faut bien. Si dures que soient vos exigences, nous Vous suivrons, Seigneur, parce que nous savons que Vous avez les paroles de la vie éternelle. » Et, comme Pierre, l’on se range du côté de Jésus, le Maître unique.

Mais si l’on se retourne, l’on voit que ce mystère, le plus haut de tous, le plus transcendant, est pourtant à la portée des plus humbles. La Chair de Jésus-Christ est la nourriture des pauvres d’esprit, celle des malheureux et des déshérités, celle des orphelins et des voyageurs. Mystère plus haut encore que le reste ! Et le plus misérable pécheur, dès qu’il entre dans l’église qu’illumine la Présence Réelle, se sent vraiment consolé par ce Jésus qui repose, là-bas, en toute réalité, au fond du tabernacle.

Mais c’est ici que la folie de Jésus apparaît sagesse. Nous voulons, au contraire, qu’Il soit corporellement dans le Saint Sacrement, parce que nous sommes corps et esprit et que nous voulons du divin une manifestation corporelle. La communion spirituelle, la possession directe de l’Esprit de Dieu est réservée à la vision béatifique. Mais tant que nous serons sur cette terre, cette communion est incompatible avec nos moyens humains.

C’est du Corps de Notre Seigneur que doivent se nourrir nos âmes, tant qu’elles seront unies à nos corps.

Rien de tout cela ne prouve, en définitive, l’Eucharistie. Mais l’Église — comme la raison — la proclame. « Rien, sinon la Grâce de Dieu, ne peut donner une telle croyance. » Toute la question est de savoir si l’on doit le désirer. Mais si on le désire, le devoir le plus net est d’aller au Sacrement de l’autel — car, un semblable désir ne peut être que du Saint-Esprit.


Dans ce tableau, où manquent les plus beaux traits, il me semble qu’une âme éprise de vérité peut se complaire. Et pourtant, que sont toutes les raisons, en regard de la seule « raison », qui est la Grâce de Dieu ? Que sont ces faibles lueurs, au regard de la Splendeur de la Grâce ? Par les Saints, par les confesseurs et les martyrs, par les Vierges et les Veuves, nous savons ce que peut être la foi, ce qu’elle peut faire. Vient-elle donc de l’homme, cette foi, ou de Dieu ? Et si elle vient de Dieu, ne ferons-nous pas tous nos efforts pour la mériter ?

Le jour où l’âme se sent avide d’éternité, le jour où elle désire vraiment une vérité, ce jour-là, elle a accompli la démarche la plus importante, la seule qui lui soit demandée. Le reste appartient à Dieu seul.

Quae tandem, dit saint Augustin, quae tandem mens avida aeternitatis, vitaeque praesentis brevitate permota, contra hujus divinae auctoritatis lumen culmenque contendat ?