Les Musulmans n’ont pas cette idée. Ainsi, Sidia me croit très fermement condamné au feu éternel. Il condamne au feu éternel tous les êtres humains — sauf la petite élite des Musulmans. — Croyance absurde. Mais moi, je ne professe pas que Sidia est forcément condamné, parce qu’il n’est pas catholique. Au contraire, je crois qu’il obtiendra plus aisément son salut qu’un catholique qui aura failli à la Grâce. Croyance certaine. Et enfin, Sidia lui-même connaîtra la Vérité au Jour du Jugement, afin que la Toute-Puissance de Dieu soit conservée et que sa manifestation soit éclatante.

VIII. Reste l’Eucharistie. Ici nous touchons le mystère réservé entre tous, celui qui est vraiment le privilège des âmes de foi. Comment y croirais-je sans la Grâce des Sacrements ? Pourtant, la parole de Jésus me presse. Elle est précise. Elle est impérieuse. Elle interdit le doute. Impossible d’échapper à sa rigueur. « Prenez et mangez, ceci est mon Corps. » (mysterium fidei, disent, à la Messe, les mots mêmes de la Consécration). « Ceci est mon corps », à Moi qui suis là présent et vivant au milieu de vous. — « Faites ceci en mémoire de Moi… » Matthieu, Marc, Luc portent le même témoignage, et Jean le Bien-aimé, celui-là même qui, à cette heure unique, appuyait sa tête sur la Poitrine du Maître, précise la divine Promesse :

Nisi manducaveritis carnem Filii hominis et biberitis ejus sanguinem, non habebitis vitam in vobis (Jo., VI, 54).

Qui manducat meam carnem et bibit meum sanguinem, habet vitam aeternam (Jo., VI, 55).

Caro enim mea vere est cibus, et sanguis meus vere est potus (Jo., VI, 56).

Ainsi, nulle hésitation n’est permise, nul biais, nulle échappatoire, nulle subtilité. Il semble qu’il faille se rendre. Il faut en tout cas choisir. Nous sommes arrivés au point redoutable où il nous faut porter sur Jésus un jugement extrême. Si l’institution eucharistique est mensonge, les paroles de Jésus sont une affreuse extravagance. Si elle est vérité, à quel degré d’amour ne serons-nous pas portés ? Si la promesse est fausse, Jésus n’est plus l’homme de génie que l’on nous propose, mais au contraire, il est l’homme le plus digne de notre mépris. Si elle est vraie, Il est, en toute vérité, un Dieu. L’Eucharistie est une preuve décisive, pour ou contre. Choisirons-nous l’Amour ou le mépris ?

« Un tel miracle est impossible ! » voilà le seul argument des ennemis de Jésus. Et l’argument est faible, parce qu’il est de sens commun.

Impossible ? Et pourtant les Apôtres qui sont là assis à la table pascale, ne doutent pas. Le legs que le Maître leur transmet, ils l’acceptent, et aussitôt après sa royale ascension, ils accomplissent fidèlement ce qui leur a été ordonné. Les premiers Chrétiens qui devaient connaître la pensée de Jésus, ne doutent pas que l’Eucharistie ne soit un véritable Sacrement, transmissible par la voie du sacerdoce, jusqu’à la consommation des temps. Pendant vingt siècles, la Chair de Jésus est dévorée par tous ceux qui cherchent dans le monde un secours à leur faiblesse. Pendant vingt siècles, elle est la force du voyageur, la consolation de l’affligé, et la vraie nourriture du pauvre.

« Impossible que l’Eucharistie soit vraie », disent-ils. Alors c’est dommage. Nous avons tant besoin d’un secours qui vienne de Dieu, pour que nous puissions aller jusqu’à Lui ! Voyons pourtant si cette impossibilité même n’est pas un gage de certitude.

Si elle n’eût été vraie, pourquoi Jésus nous aurait-il demandé de croire une chose impossible ? J’admets qu’elle soit impossible. Mais alors son impossibilité devait retrancher des milliers d’êtres de la communion de Jésus, et Jésus manquait d’habileté en l’imposant gratuitement. Mais, au contraire, il s’est trouvé que cette folie était habile. N’est-ce donc pas qu’elle est vraie ?