Car Dieu a donné à Son Fils la puissance de faire le Jugement : « Comme le Père a la vie en lui-même, ainsi Il a donné au Fils d’avoir aussi la vie en Lui-même, et Il lui a donné la puissance de faire le Jugement, parce qu’il est le Fils de l’Homme » (Jo., V, 26).

Quelle est la raison de cette dernière mission que tous les Évangélistes reconnaissent à Jésus-Christ ? On peut répondre qu’elle ne nous sera révélée qu’au dernier jour. Adoptons pourtant la belle explication du Concile de Trente : Nos actions ont une répercussion infinie ; même après notre mort, elles continuent d’exercer une influence bonne ou mauvaise, et elles continuent de l’exercer, cette influence, jusqu’au dernier jour du monde. Ce n’est donc qu’à ce moment-là, que nos actions pourront être jugées véritablement ; car, leurs lointaines répercussions peuvent augmenter le châtiment ou la récompense qui leur sont dus. (Catéch. du Conc. de Trente, p. 96 — 97).

Les récompenses et les châtiments seront décernés aux âmes comme aux corps, parce que, dit le Catéch. de Trente (p. 97) « chez les bons comme chez les méchants, les corps ne sont jamais étrangers aux actes de cette vie. Le bien et le mal appartiennent donc à nos corps d’une certaine manière, puisque nos corps ont été l’instrument de l’un et de l’autre ».

Les Évangiles nous apprennent que le Jugement sera précédé de la conversion de toute la terre : Et praedicabitur hoc Evangelium regni in universo orbe, in testimonium omnibus gentibus ; et tunc veniet consummatio (Matth., XXIV, 14).

Ici, nous sommes pris d’un véritable saisissement. Que voyons-nous dans la prédication de Jésus : des paroles de victoires et des paroles de défaites : « Vous êtes le sel de la terre » (Matth., V. 13). « Ayez confiance, j’ai vaincu le monde. » Il donne mission aux Apôtres de répandre l’Évangile par toute la terre, Praedicate Evangelium omni creaturae (Marc, XVI, 15). Et cette mission s’accomplit. Mais en même temps il est, comme l’avait annoncé Jean-Baptiste, « le signe de contradiction ». Il sait qu’il vient pour « diviser le monde » et il proclame enfin que l’union ne se fera qu’au dernier jour. — Sur tous ces points, la suite de l’histoire a montré la vérité de la doctrine évangélique.

Mais, en réalité, ce retard est bien cruel. Dieu pourrait éclairer toute la terre, et, au lieu de cela, il prive plus de la moitié des hommes de sa Grâce et de son Salut. Le feu éternel réservé aux trois quarts de l’espèce humaine, voilà ce que l’Église nous propose à croire.

— Non, car nous entrons ici de plain pied dans un grand mystère, qui est la distinction du Corps et de l’Ame de l’Église. Or, « toute âme qui, de bonne foi, ignore l’obligation d’adhérer au catholicisme, peut encore faire partie de l’âme de l’Église » (Hugueny, Critique et catholique, p. 208). Mais dans ce cas même, la foi catholique est nécessaire. — Oui, mais si la foi est une, son développement peut varier avec les conditions, les facultés, la vocation de chaque croyant. Elle peut même se réduire à la « notion très simple d’une autorité souveraine » (Hugueny, op. cit. p. 209). « Cette foi élémentaire… suffit, après comme avant la promulgation de l’Évangile, à tous ceux que cette promulgation n’a point atteints… » (ibid., p. 211). Or, tous les peuples ont la croyance à un monde invisible et à un Être suprême.

Tout revient à cette parole de Notre-Seigneur : Omne peccatum et blasphemia remittetur hominibus ; Spiritus autem blasphemia non remittetur (Matth., XII, 31).

Ainsi, tous les péchés du Maure Sidia pourront lui être remis. Mais si, connaissant l’excellence de la religion catholique comme je la connais, je refuse pourtant d’y adhérer, ce péché-là ne me sera pas remis. Si je ne reçois pas le don de Dieu, tout peut m’être pardonné. Mais si, le recevant, je le méprise, alors je tombe sous la malédiction de Jésus-Christ.

Mettons à part ces blasphèmes contre l’Esprit. Que voyons-nous ? Une infinité de degrés dans la vie spirituelle, une ascension merveilleuse qui va des ténèbres à peine traversées d’un faible rayon divin, où dort le sauvage de l’Afrique centrale, jusqu’à la lumière éblouissante, où se complaisent et se réjouissent les Saints les plus hauts de l’humanité. « La civilisation, dit le père Hugueny, a ses foyers d’où les peuples reçoivent plus ou moins de lumière, selon qu’ils subissent plus ou moins leur rayonnement… La même économie règle le développement de la vie surnaturelle et, en particulier le rôle de l’Église catholique dans le monde » (Op. cit., p. 218).