L’histoire de notre temps confirme de façon merveilleuse cette vue de Pascal.
Jamais, même au moment où ses chefs étaient indignes, l’Église n’a perdu l’exercice de ses droits et de ses devoirs. Et jamais la Papauté, même aux temps les plus funestes de son histoire, n’a manqué d’assurer l’intégrité et l’unité de l’Église dont elle avait la garde.
La Papauté a connaissance — elle a toujours eu connaissance — de sa mission surnaturelle. Elle a connaissance de son éternité, de sa primauté, qui n’est autre que celle de Pierre, transmise à travers vingt siècles d’histoire.
« Que de fois la résistance de l’Église s’est manifestée au monde étonné, au moment même où l’on pensait que le Saint-Siège ne pouvait conserver son existence qu’en se montrant conciliant ! Alors précisément il ne s’est pas montré conciliant, mais, plein de confiance dans le secours de Dieu, il a risqué son existence… » (A. von Ruville, Retour à la Sainte Église, Paris, 1911, p. 63).
Durus est hic sermo, disaient les Juifs, lorsque Notre-Seigneur leur proposait à croire que Son Corps était vraiment une nourriture et Son Sang vraiment un breuvage. Et de fait, si ce n’eût été vrai, pourquoi eût-il joué la difficulté ? Ne lui était-il pas plus facile de ne pas avoir cette exigence, cette intolérable exigence ? Si ce n’eût pas été vrai, Jésus-Christ éloignait donc de lui, de gaîté de cœur, une grande multitude d’hommes. Mais c’était vrai, et Jésus savait que par Sa Grâce, les hommes croiraient eux aussi. Il ne pouvait avoir aucune inquiétude, étant lui-même la Toute-Puissance.
La Papauté a suivi la tradition de Jésus. Bien souvent, devant ses décisions, le monde a été tenté de dire : Durus est hic sermo. Et pourtant, le monde s’est toujours rendu à elle. C’est donc qu’elle est la vérité même. Du point de vue humain, la conduite de la Papauté est inexplicable — par exemple, en ce qui concerne l’établissement des dogmes de l’Immaculée Conception et de l’Infaillibilité pontificale. L’établissement de ces dogmes n’était-il pas absolument inopportun ? Mais la Papauté n’a jamais hésité à heurter le monde de front. C’est donc qu’elle est vraiment d’institution divine.
« Les États périraient, dit encore Pascal, si on ne faisait ployer souvent les lois à la nécessité. Mais jamais la religion n’a souffert cela, et n’en a usé… Que cette religion se soit toujours maintenue, et inflexible, cela est divin » (Ed. E. Havet, XI, 6, t. I, p. 174).
La Papauté est vraiment infaillible, par son institution même, par sa mission, et par l’accomplissement séculaire de cette mission. Il faut que la pierre soit infiniment solide, sur laquelle repose une telle Église. Que deviendrait la mission de l’Église, si le Saint-Esprit n’envoyait à son Pasteur des lumières spéciales, lorsqu’il s’agit de remplir cette mission, c’est-à-dire de sauver l’intégrité de la foi ? L’infaillibilité est le gage de l’ordre, et le fondement de la discipline.
Ubi sunt duo vel tres congregati in nomine meo, ibi sum in medio eorum (Matth., XVIII, 20).
VII. Nous avons vu le premier avènement de Jésus-Christ, celui que Pascal appelle « de douceur ». Que sera donc le second avènement ? Ce sera le jour de l’indignation du Seigneur et de la consommation de toute justice. Alors, le Fils de l’Homme viendra sur les nuées du ciel, au milieu du bruit et des clameurs de toute la terre — et non plus humble et caché, comme à l’étable de Bethléhem — mais il viendra en Juge véritable et il dira aux uns : « Venez, les bénis de mon Père, Venite, benedicti Patris mei », et aux autres : « Retirez-vous de moi, maudits, Discedite a me, maledicti » (Matth., XXV, 34, 41).