Ils remontent l’insigne vallée du Nil, puis ils reprennent leur route vers l’occident. Ici nous ne savons rien… Poussés par d’obscurs désastres, ils traversent le continent noir et, après ce fabuleux voyage, ils fondent leur empire dans le Foutah Djalon, à l’extrémité occidentale de l’Afrique.
Plus tard, ils se répandent et se diffusent, mais cette fois-ci vers l’Est, et de nouveau les plaines du Soudan voient passer ces grands barbares, suivis de bœufs et d’esclaves innombrables, d’hommes à la peau noire et d’hommes à la peau presque blanche, tous poussés par l’étrange et merveilleuse aventure.
Ils vont dans le Macina, dans le Sokoto, puis vers le Sud, dans les montagnes de l’Adamaoua, partout où les sauvages ne les empêchent pas de passer en leur opposant d’infranchissables barrières.
Du fond des siècles, je les vois encore, ces beaux et sveltes barbares, attirés vers la Grèce invinciblement, bondissant vers la Grèce en cohortes indénombrables…
« Et nous, hors d’haleine, nous nous sommes jetés à travers le pays des Phocéens, la Doride, vers le golfe Maliaque, aux terres abreuvées des douces eaux du Sperchios, pour arriver, exténués de besoin, aux plaines de l’Achaïe Phtiotide, à la capitale des Thessaliens. Là, le plus grand nombre mourut de soif, de faim, deux maux dont nous souffrions également. Par le territoire des Magnésiens, le pays des Macédoniens, le cours de l’Axios, les joncs et les marécages de Bolbé, la croupe du Pangée, nous atteignîmes les confins d’Edonie… »
Ainsi parle le messager dans les « Perses » d’Eschyle. Après Marathon et après Salamine, les Perses durent quitter pour toujours la terre divine de l’Hellade. Que serait-il advenu si les Perses d’alors, peut-être les Foulbés d’aujourd’hui, eussent vaincu la poignée de Grecs qui défendaient en ce temps ce qui est devenu notre idéal latin ? Peut-être le grand rêve de l’Islam nous dominerait-il maintenant et aurions-nous trouvé dans les campagnes de Binder, non plus des étrangers, mais des frères et des synnoètes…
IMPRESSIONS DE LAI
I
Sur le sentier rose qui mène de N’Draï-Golo à Laï, j’éprouvais, ce matin de mars, un sentiment de bonheur ineffable et de parfaite équanimité. Ces heures d’Afrique sont inoubliables, où nous nous sentons en complet accord avec les choses, où toute forme, toute nuance nous paraît adaptée à l’état de notre âme. Cette fois-là, je me faisais réellement complice du paysage pour exalter en moi une sorte de ferveur mystique qui semblait lui donner sa valeur vraie.