Exemple de ce mot, de. C'est grand' charge d'auoir tant d'enfants. Par faulte d'entendre le Grec, il a failli. Cela part d'inuention bien subtile. Ceste responce est pleine d'orgueil, & oultrage. Par faulte d'user de bon regime, il est retombé en fiebure. Pour, de auoir: de entendre: de inuention: de orgueil: de user.
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Apocope.
Ie ne parleray plus de l'apostrophe, & uiendray maintenant à declairer, que signifie ung petit poinct semblable à celuy de l'apostrophe. Ce petit poinct est signe d'une figure nommée des Grecs, & Latins Apocope. Et ainsi la nomment aussi les Francoys par faulte d'aultre terme à eulx propre. Ceste figure oste la uoyelle, ou syllabe de la fin d'ung mot pour la necessité du uers: ou affin, que le mot soit plus rond, & myeulx sonnant. Exemple. Pri', suppli', com', hom', quel', el', tel', recommand', encor', auec'. Pour, prie, supplie, comme, homme, quelle, elle, telle, recommande, encores, auecques. En prose l'exemple peult estre, grand' chose: quelle quel' soit: pour grande chose: quelle, quelle soit. Car ainsi la prolation est plus doulce, & plus ronde.
Au demeurant, il fault entendre, que les Francoys usent, oultre ce que dessus, de deux sortes de characteres: lesquelz sont de telle figure.
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Signe de coniunction de uoyelles.
Touts deux se signent sur uoyelles: mais au reste ilz sont bien differents. Le premier est signe de coniunction: le second de diuision. ^
R'assemble en troys facons. Le premier r'assemble, r'unit, & conioinct les parties diuisées: & ce en trois facons. La premiere, quand par une figure Syncope. fort usitée nommée Syncope, concision, ou couppure (car ainsi se peult dire en Francoys) ung mot est syncopé, c'est à dire diuisé, & diminué au milieu, puis les deux parties sont reioinctes ensemble: la diuision, & reünion d'ycelles est signifiée par ledict charactere. Exemple. Lai^rra, pai^ra, urai^ment, hardi^ment, don^ra. Pour, laissera, paiera, uraiement, hardiement, donnera. Et ainsi font souuent les Latins, comme lon uoit aux bonnes impressions, esquelles on treuue diu^um, du^um, uiru^m. Pour, diuorum, duorum, uirorum. La seconde facon de ceste figure est, quand deux mots (desquelz l'ung est detroncqué) sont r'assemblés en ung. Exemple. Au^ous, pour auez uous: qu^auous, pour qu'auez uous: m^auous, pour m'auez uous: n^auous, pour n'auez uous: n^auons, pour nous ne auons. Tel est le commun usage de la langue Francoyse. La tierce facon de ceste figure est, quand deux uoyelles sont r'accoursies, & proferées en une: ce qui se faict souuent en rhythme principalement. Exemple. Pensées: ou ées
Syllabe double reduicte en une. les deux e^e se passent pour ung proferé par traict de temps asses longuet, quasi comme si lon disoit pensés. Et note, que cecy est general en toutes dictions feminines, qui sont formées des dictions masculines ausquelles la derniere uoyelle est masculine: & ce seulement au plurier nombre. Et si tu signes ceste figure sur les deux, e^e, il n'y fault poinct d'accent aigu sur le penultime, e. Exemple. Courroucé, courroucée, courrouce^es: irrité, irritée, irrite^es: suborné, subornée, suborne^es. En telle sorte doibt on escrire en rhythme: mais en prose auec ung accent aigu sur le, é, penultime, ainsi: courroucées, irritées, subornées. Par ceste figure aussi on dict aise^ement, Synerese. nomme^ement, a^age ou e^age: en faisant de deux syllabes une par synerese, & r'accoursissement.
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Dyerese signe de diuision de uoyelles.
Le second charactere dessus mentionnè, qui est, ¨, noté sur les uoyelles, est celuy, par lequel on faict au contraire de l'aultre, duquel sortons de parler. Car il signifie diuision, & separation, & que d'une syllabe en sont faictes deux. Exemple. Païs, poëte: pour pa^is, po^ete.
Ce sont les preceptions, que tu garderas quant aux accents de la langue Francoyse. Lesquelz aussi obserueront touts diligents Imprimeurs: car telles choses enrichissent fort l'impression, & demonstrent, que ne faisons rien par ignorance.