La grammaire.
L'orthographe.
Les accents.
La punctuation.
La pronunciation.
L'origine d'aulcunes dictions.
La maniere de bien traduire d'une langue en aultre.
L'art oratoire.
L'art poëtique.
Mais pource que ledict Oeuure est de grand importance, & qu'il y eschet ung grand labeur, scauoir, & extreme iugement, i'en differeray la publication (pour ne le precipiter) iusques a deux, ou troys ans. Ce pendant tu t'ayderas des instructions, qui sont en ce present Liure. Lequel si ie congnois t'estre aggreable, ie seray plus enclin a te bien polir, & parfaire le demeurant de mon entreprinse. Combien que i'en attends plus tost contentement de la Posterité, que du Siecle present: car le cours des choses humaines est tel, La uertu du uiuant est tousiours enuiée. que la uertu du uiuant est tousiours enuiée, & deprimée par Detracteurs, qui se pensent aduantager en reputation, s'ilz mesprisent les labeurs d'aultruy. Mais l'homme de scauoir, & de bon iugement ne doibt regarder à telz resueurs, & plus tost s'en mocquer du tout. Ainsi faisant, ie poursuiuray mon effort, & attendray legitime los de la Posterité: non d'aulcuns uiuants par trop pleins d'ingratitude, & mauluais uouloir. Contente toy pour ceste heure (ô peuple Francoys) de ce petit Oeuure: & prens pour pleige l'affection, que ie porte à ma renommée, que dedans quelcque temps ie te rendray parfaict l'Oeuure dessusdict. Et si aulcuns se delectent en tel labeur, cela n'est que bon. Que pleust à dieu, que pour ung il y en eust mille: car par telz efforts le plus parfaict sera congneu, & en demeurera la gloire au bien entendant la langue Latine, & Francoyse. Pour le moins de mon costé ie tascheray de faire mon debuoir en si noble, & louable passetemps. Vray est, que si i'estois enuieux du bien d'aultruy, ie me deporteroys de ce mien labeur: pource L'ingratitude d'aulcuns personnages de ce temps. que i'ay congneu telle ingratitude entre les hommes de mon temps, que ceulx, qui ont le plus proffité sur mes Oeuures, sont les premiers, qui taschent de deprimer mon renom: mais pour leur meschante nature ie ne laisseray de produire par Oeuures le don de grace, que le Creatur m'a faict tant en la congnoissance de la langue Latine, que de ma maternelle Francoyse. Et ce tout à l'honneur, & gloire de luy (luy seul autheur de tout bien) & à l'utilité de la chose publicque: laquelle ie prefere aux maldicts de touts mes Enuieux, & Detracteurs: qui à la fin se trouueront trompés en moy: car leur meschant langage ne me sert, que d'ung esguillon à la uertu: tout au rebours de ce qu'ilz uouldroient de moy proceder. Mais ie scay, comme il fault tromper telles bestes chaussées: & en telle prudence consumeray le demeurant de ma uie, taschant tousiours de perpetuer mon nom par Oeuures recommendables à la Posterité, & aage futur: lequel se trouuant uuide d'enuie en mon endroict, & muni de bon uouloir, ne se monstrera ingrat, mais par une equité, & raison louera ce, qui est de louer. Ceste esperance m'a tousiours esmeu à escrire, & donné cueur de prendre les labeurs, que i'ay iusques icy prins en la uacation literaire. Car au iugement des uiuants il y a bien peu d'equité, & racueil pour les Doctes. A dieu Peuple le plus triumphant du Monde, soit en uertu, soit en puissance. A Lyon, ce dernier iour de May, l'an de grace. Mil cinq cents quarante.
LA MANIERE
DE BIEN
TRADVIRE D'VNE
LANGVE EN
AVLTRE.
Autheur Estienne Dolet natif d'Orleans.
La maniere de bien traduire d'une langue en aultre requiert principallement cinq choses.
La premiere reigle pour bien traduire.
En premier lieu, il fault, que le traducteur entende parfaictement le sens, & matiere de l'autheur, qu'il traduict: car par ceste intelligence il ne sera iamais obscur en sa traduction: & si l'autheur, lequel il traduict, est aulcunement scabreux, il le pourra rendre facile, & du tout intelligible. Et de ce ie te uois bailler exemple familierement. Dedans le premier Liure des questions Tusculanes Lieu de Ciceron interpreté. de Ciceron il y a ung tel passage Latin. Animum autem animam etiam ferè nostri declarant nominari. Nam & agere animam, & efflare dicimus: & animosos, & bene animatos: & ex animi sententia. Ipse autem animus ab anima dictus est.
Traduisant cest Oeuure de Ciceron, i'ay parlé, comme il s'ensuict. Quant à la difference (dy ie) de ces dictions animus, & anima, il ne s'i fault point arrester: car les facons de parler Latines, qui sont deduictes de ces deux mots, nous donnent à entendre, qu'ilz signifient presque une mesme chose. Et est certain, que animus est dict de anima: & que anima est l'organe de animus: comme si tu uoulois dire la uertu, & instruments uitaulx estre origine de l'esprit: et iceluy esprit estre ung effect de ladicte uertu uitale. Dy moy (toy qui entends Latin) estoit il possible de bien traduire ce passage, sans une grande intelligence du sens de Ciceron? Or saiche doncques, qu'il est besoing, & necessaire à tout traducteur d'entendre parfaictement le sens de l'autheur, qu'il tourne d'une langue en aultre. Et sans cela il ne peult traduire seurement, & fidellement.
La seconde reigle.