Je fus, pendant huit jours, triste, solitaire, rêveur; mais enfin l’espérance éclairant l’avenir de la magie de ses couleurs, le rêve du bonheur calma les peines présentes.

Avant de poursuivre ma narration, je dois achever ici de développer le caractère de don Pacheco, et de son aimable fille.

Don Pacheco y Nunes y Garcie Lasso, comte de Montijo, était dans son automne, doué d’un tempérament sec; il jouissait d’une santé robuste; sa taille était médiocre, et son teint olivâtre: c’est la couleur des Andalous. Au premier coup d’œil sa figure repoussait; au second, on s’accoutumait à sa laideur; et, au troisième, on était séduit par l’esprit et la vivacité de sa physionomie. Le sang de l’illustre famille des Lasso, qui circulait dans ses veines, enflait son orgueil; mais il était adouci par la générosité et la bonté de son cœur. Il prouvait sa descendance par un arbre généalogique, de papier vélin, qui le suivait partout. Il descendait, par sa mère, de François de Borgia, duc de Candie, vice-roi de Catalogne, et puis jésuite, ensuite leur général, et, après sa mort, couronné de l’auréole des saints. Dans une famille espagnole, un saint est un beau titre de gloire; mais je doute que le fier don Pacheco eût avoué saint Borgia pour l’un de ses aïeux, s’il n’avait été un saint de bonne compagnie; certainement, malgré sa haute vénération pour les élus de Rome, il n’aurait pas voulu être le cousin de saint François d’Assise, né dans une étable, et fils d’un petit marchand.[26] Il répétait souvent que sa famille était de los christianos viejos.[27] Mais une chose manquait à sa gloire; il n’était pas de ces premières familles qui se tutoient entr’elles, ne se donnent aucun titre, mais en reçoivent de leurs inférieurs, et les leur rendent quand ils en ont.[28] Don Pacheco avait aspiré long-temps à l’honneur du tutoiement, et n’avait pu l’obtenir: ce refus troublait le bonheur de sa vie. Citons ces vers de Métastase:

« Voi cola giu ridete

» D’un fanciullin che piange.

» Che la cagion vedete

» Del folle suo dolor.

» Quassu di voi si ride

» Che dell’ eta sull’ fine

» Tutti canuti il crine