Au second chant est le beau discours de Colordo, loué par Voltaire. Ce Cacique le prononce pour étouffer la discorde qui s’élevait entre tous les Caciques, pour avoir le commandement de l’armée. Tous les chants suivants sont des récits de batailles plus historiques que poétiques. Le quatorzième chant fait la description de la bataille de Lépanthe, gagnée sur les Turcs, par Jean d’Autriche, sous Philippe II.

Dans les vingt-six et trente-septième chants, le poète se croit transporté dans le jardin du magicien Fiton; et après avoir décrit la beauté de ce jardin, il raconte que ce magicien lui montra tous les pays de la terre, sur un globe dont vingt hommes réunis n’auraient pas embrassé la circonférence. Les champs, les montagnes, les villes, les fleuves, les hommes, les animaux, y paraissaient dans leurs formes naturelles et très-distinctes; tout le globe passa sous ses yeux: il vit l’emplacement inculte et désert où bientôt Philippe II, en commémoration de la bataille de Saint-Quentin, devait élever un superbe palais. Il parle ensuite de toutes les grandes villes d’Espagne. Il rencontre, en sortant de chez le magicien, une femme qui fuyait, troublée, éperdue; il pique son cheval, la poursuit, et renvoie la suite au vingt-huitième chant.

Dans ce chant est le long épisode de cette femme, nommée Glaura. Il décrit sa beauté et ses malheurs. Elle était fille unique d’un Cacique: des nègres, après l’avoir dépouillée, voulaient lui ravir son honneur; elle est délivrée par Cariolan qui tua les nègres et devient son époux. Ensuite ils aperçurent une troupe espagnole; Cariolan cache sa femme dans un bois et va combattre. Glaura se reprochant bientôt sa timidité, quitte son asile, et va chercher son époux qu’elle ne retrouve plus. Enfin, après bien des courses, des dangers, après avoir voulu se tuer, elle revoit l’objet de son amour. Aux vingt-neuvième et trentième chants, les combats recommencent. Au trente-unième, les Indiens viennent attaquer le fort, croyant les Espagnols endormis, et sont repoussés.

Aux trente-deuxième et trente-troisième, les Espagnols font un grand carnage des Indiens. Ensuite don Alonzo, retiré dans le camp avec sa troupe, lui parle de Virgile et de Didon, qu’il fait mourir d’une mort plus honorable, pour rétablir sa gloire. Le roi d’Afrique, Jarbas, la demande en mariage; menace, en cas de refus, de ravager le pays et de détruire Carthage. Élise ne voulant pas manquer de foi à son époux, amuse les députés d’Iarrbas, et prépare son bûcher. Le jour de sa mort arrêté, elle prend ses plus riches habits, et du haut d’une estrade, elle harangue ses fidèles sujets, leur fait ses adieux, et leur dit: Je vous laisse libres, et mon époux est satisfait. Après ces mots, elle se poignarde et se jette dans le bûcher allumé. Dans les trois chants qui suivent, nouveaux combats, et les Espagnols s’emparent du pays ennemi.

Dans le trente-septième et dernier, don Alonzo dit que les princes ont le droit de faire la guerre, et que Philippe avait celui d’envahir le Portugal.

Ce poème, traduit par M. Langlès, membre de l’Institut et conservateur des manuscrits, est encore dans son porte-feuille; il devrait enrichir la littérature française de sa traduction qui, à coup sûr, réussirait, faite par un homme d’esprit et de goût.

[156] Que les ignorants s’instruisent et que les savants aiment à se ressouvenir. C’est l’épigraphe modeste de la Harpe dans son Cours de Littérature.

[157]

Sed me quod facilis tenero sum semper amori,

Ipsa Venus campos ducet Elysios.