Écarrer une piece de bois, la rendre carrée, dites, équarrir. On dit bien carrer, mais point écarrer.
Échapper. On ne doit pas dire indifféremment, échapper à, ou, échapper de: on a échappé aux poursuites des archers, marque qu'on n'a pas été pris; il s'est échappé des mains des archers, marque qu'on a cessé d'être où l'on étoit.
Échevelé et déchevelé. Le premier se dit de quelqu'un dont les cheveux sont épars; et le second, d'une femme à qui on a arraché sa coiffure, et à qui on a mis les cheveux en désordre.
Échiffe. Petit éclat de bois, ou espece d'épine qui entre dans la chair; dites, écharde, s. f.: j'ai une écharde sous l'ongle.
Éclairer. L'abus de ce mot est devenu presque universel. On dit de toutes parts: éclairez le feu, éclairez la bougie, éclairez le poêle, éclairez le falot. Ce sont autant d'hérésies grammaticales; dites, allumer. Il est encore moins permis de dire, éclairez la lumiere; car la lumiere éclaire, et n'est pas éclairée. On dit aussi, contre la pureté du langage: éclairez monsieur; dites, éclairez à monsieur. On éclaire un ignorant, et on éclaire à un homme, pour qu'il voie à se conduire. Ces fautes donnent lieu d'en faire remarquer une autre: ce n'est pas français de dire, faites lumiere; cette expression est consacrée à la toute-puissance de Dieu. Un académicien étant allé rendre visite à M. de Fontenelle, se retira à l'entrée de la nuit; il s'égara dans l'appartement, et se plaignit de ce qu'ayant demandé plusieurs fois qu'on lui fît lumiere, la servante le laissoit dans l'obscurité: excusez-la, dit Fontenelle, elle n'entend que le françois.
Économer. Administrer avec économie; dites, économiser, v.: il fera bonne maison, s'il continue à économiser.
Écosse de pois. Dites, cosse. On dit bien écosser, mais non pas écosse.
Écoupeaux ou Éclapes. Éclats ou morceaux de bois que la hache ou le rabot enlevent du bois que l'on travaille; dites, copeaux, s. m. pl.: brûler des copeaux.
Éduquer. Voltaire se plaignoit qu'on alloit jusqu'à écrire que les princes sont quelquefois mal éduqués. Il paroît que ceux qui parlent ainsi, ont eux-mêmes reçu une fort mauvaise éducation; dites, élevé. Le peuple, par analogie au mot éducation, a formé éduqué, qui n'est pas françois; cette faute est très-commune en Suisse et à Geneve. Roubaud prend la défense de ce mot contre Voltaire.
Effiler. Donner le fil à un instrument qui coupe; dites, affiler: j'ai affilé mon sabre. Effiler signifie ôter les fils, et non pas donner le fil.