—Vous voulez des sensations fortes, des émotions extrêmes: c'est la soif d'une âme généreuse, et votre âge peut encore y être trompé. Quant à moi, je me soucie peu d'admirer une heure, et de m'ennuyer un mois; j'aime mieux m'amuser souvent et ne m'ennuyer jamais. Ma manière d'être ne me lassera pas, parce que j'y joins l'ordre et que je m'attache à cet ordre.»
Voilà tout ce que j'ai conservé de notre entretien qui a duré une grande heure sur le même ton. J'avoue que s'il ne me réduisit pas au silence, il me fit du moins beaucoup rêver.
LETTRE LXXIII
Im., septembre, VIII.
Vous me laissez dans une grande solitude. Avec qui vivrai-je lorsque vous serez errant par-delà les mers? C'est maintenant que je vais être seul. Votre voyage ne sera pas long; cela se peut: mais gagnerai-je beaucoup à votre retour? Ces fonctions nouvelles qui vous assujettiront sans relâche, vous ont donc fait oublier mes montagnes et la promesse que vous m'aviez faite? Avez-vous cru Bordeaux si près des Alpes?
Je n'écrirais pas jusqu'à votre retour; je n'aime point ces lettres aventurées qui ne sauraient rencontrer que par hasard celui qui les attend; et dont la réponse, qui ne peut venir qu'au bout de trois mois, peut ne venir qu'au bout d'un an. Pour moi, qui ne remuerai pas d'ici, j'espère en recevoir avant votre retour.
Je suis fâché que M. de F*** ait des affaires à terminer à Hambourg, avant celle de Zurich; mais puisqu'il prévoit qu'elles seront longues, peut-être la mauvaise saison sera passée avant qu'il vienne en Suisse. Ainsi vous pourrez arranger les choses pour ce temps-là, comme elles étaient projetées pour cet automne. Ne partez point sans qu'il ait promis formellement de s'arrêter ici plusieurs jours.
Vous voyez si cela m'importe. Je n'ai nul espoir de vous avoir: qu'au moins j'aie quelqu'un que vous aimiez. Ce que vous me dites de lui, me satisferait beaucoup, si les projets d'une exécution éloignée me séduisaient. Je ne veux plus croire au succès des choses incertaines.
LETTRE LXXIV
Im., 15 juin, neuvième année.