Parmi les livres, on remarquait un Rituel de l'Abbaye royale de Saint-Germain des Prés, ms. sur vélin, pet. in-fol., offert à Anne d'Autriche dont il porte les armes; les Roses représentées en 170 dessins originaux de Redouté, peintes sur peau vélin, renfermées en six portefeuilles gr. in-fol., qui avaient coûté trente mille francs; l'Herbier de l'amateur, par Mordant de Launoy et Loiseleur Des Longchamps, avec 526 dessins originaux de Bessa, sur beau vélin, en six étuis; la collection d'estampes, connue sous le nom de Cabinet du roi, 24 vol. in-fol., épreuves de choix et de la plus parfaite conservation; Peintures Persanes et Mongoles, représentant des costumes, rel. orientale; les Poésies de Malherbe, Didot, 1777, in-4o, exemplaire unique, sur vélin; une curieuse collection de romans du commencement du XIXe siècle, en éditions originales (330 numéros).
Des manuscrits, nous mentionnerons seulement le Code Théodosien, ms. du VIe siècle, qu'une note de F. Pithou dit avoir servi à Cujas pour sa publication des Codes; le Roman de la Rose, ms. sur vélin, du XIIIe siècle; le Roman de Gaides, en vers, ms. de la fin du XIIIe siècle.
Dans un tome des Œconomies Royales de Sully, édition originale imprimée à Sully, se trouvait cette note de la main de la duchesse de Berry:
Le procédé de la Cour a certainement quelque chose de bien singulier. Ce serait un mystère absolument incompréhensible si l'on ne sçavait dans quelles variations est capable de se jetter un prince livré à l'irrésolution, à la timidité et à la paresse. En matière d'Etat rien n'est pire que cet esprit d'indécision. Il ne faut, dans les conjonctures difficiles, tout abandonner ni tout refuser au hasard, mais après avoir choisi un but par les réflexions sages et froides, il faut que toutes les démarches qu'on fait décident à y parvenir.
Le défaut de tous les esprits qui n'ont jamais embrassé que de petites et frivoles intrigues et, en général, de tous ceux qui ont plus de vivacité que de jugement, est de se représenter ce qui est proche de manière à s'en laisser éblouir, et de ne voir ce qui est loin qu'au travers d'un nuage.
Quelques livres, ayant appartenu à sa fille, Louise-Marie-Thérèse d'Artois, née en 1819, appelée jusqu'en 1830 Mademoiselle, et mariée, en 1845, à Charles III, duc de Parme, étaient timbrés de l'écusson en losange: de France, à la bordure crénelée de gueules.
Quelques années avant la mort de la duchesse en 1870, eut lieu une seconde vente de manuscrits lui ayant appartenu.[ [4] Cette collection avait été distraite de la première, et ne comprenait que 35 articles. La vente produisit 98,075. Un seul Livre d'heures fut adjugé au prix de 60,000 francs pour le Musée des Souverains.
X
Le temps et plus encore les révolutions, ont détruit ou dispersé ces richesses. Ce qui en reste dans nos grands dépôts littéraires est, sauf un petit nombre, comme noyé et perdu dans la foule des livres vulgaires. Il est cependant un lieu privilégié, où l'on peut encore se faire une idée de ces belles collections royales, dont les débris sont aussi précieux par les souvenirs historiques qui s'y rattachent que pour l'histoire de cet art de la reliure qui atteignit en France une si admirable perfection. Nous voulons parler de Versailles. C'est à la bibliothèque de la ville de Versailles, si heureusement installée dans l'ancien Hôtel du Dépôt des papiers de la guerre, de la marine et des affaires étrangères, bâti de 1761 à 1762 par le père du maréchal Berthier, qu'il faut aller pour avoir une idée de ce que pouvaient être les collections littéraires des princes de la maison de France. Cette Bibliothèque, en effet, est en grande partie composée des bibliothèques privées du Roi, des princes et princesses de la famille royale, qui se trouvaient dans les appartements du château à l'époque de la Révolution.