Les divisions sont au nombre de quatre: Religion, Histoire, Arts, Belles-Lettres.

La division de la Religion comprenait d'abord 53 articles, qui, plus tard, ont été portés à 69; l'Histoire, 140; les Sciences et Arts, 60; les Belles-Lettres, 93. Dans cette dernière division nous remarquons:

Les Femmes illustres, de Scudéry, ms. in-fol.; les Principales aventures de don Quichotte, représentées en 31 figures par Coypel, Picart, in-fol.; la Princesse de Clèves, Zaïde, par Mme de La Fayette; les Aventures de Télémaque; les Mémoires du chevalier de Grammont, par Hamilton; Gil Blas, de Le Sage; les Contes Moraux, de Marmontel; de l'abbé Prévost, ses Mémoires pour servir à l'histoire de la vertu; presque tous les romans de Mme Riccoboni: Fanny Butler, Miss Jenny, Juliette Catesby, la comtesse de Sancerre, Histoire du marquis de Cressy; de Richardson, Clarisse, Grandisson; de Fielding, Tomes Jones, Amélie; Gulliver, de Swift; Robinson Crusoé; les Contes de fées de Mme d'Aulnoy; tous nos écrivains de théâtre, et la traduction de Shakespeare par Letourneur.

Il faut rapprocher de Marie-Antoinette, sa belle sœur, Madame Elisabeth, unie avec la reine de France dans la même tragique destinée. De dix ans plus jeune que Louis XVI, dernière des cinq enfants du Dauphin et de la princesse Josèphe de Saxe, Madame Elisabeth avait reçu une éducation sévère, sous la surveillance de la comtesse de Marsan, gouvernante des Enfants de France, et surtout de la baronne de Mackau, sous-gouvernante. C'est à leurs soins patients que fut due la transformation qui eut lieu dans le caractère de la jeune princesse, née emportée et violente: ce fut une répétition de ce qu'autrefois Fénelon avait fait pour le duc de Bourgogne. Et l'on ne peut s'empêcher de penser qu'en réformant ainsi la nature, l'éducation n'ait contribué à affaiblir dans les derniers Bourbons une énergie que les circonstances politiques allaient rendre si nécessaire. Moins vertueux, Louis XVI eut sans doute été un meilleur roi. Toutefois il est juste de dire, en ce qui concerne Madame Elisabeth, que si l'éducation en fit la plus vertueuse des princesses, elle laissa subsister en elle une énergie qu'on aurait souhaitée à son frère. Elle reçut de Guillaume Le Blond des leçons d'histoire et de géographie, suivit même assidûment les cours de physique de l'abbé Nollet. Le Dr Le Monnier, médecin des Enfants de France, et le Dr Dassy lui apprirent la botanique, dans les longues excursions qu'ils faisaient avec elle dans la forêt de Fontainebleau pendant les séjours de la cour dans cette résidence royale. La fille de la célèbre Mme Geoffrin, la marquise de la Ferté-Imbault, lui avait donné un goût très vif pour Plutarque, en composant pour elle une analyse des Vies des hommes illustres.

Devenue, à quatorze ans (1778), maîtresse de ses actions, elle s'était arrangé dans sa maison de Montreuil, près de Versailles, une vie toute d'étude et de charité pratique. Elle a pour «secrétaire ordinaire et de cabinet, Chamfort l'académicien; pour page, ce jeune Adalbert de Chamisso de Boncourt, que l'émigration jettera en Allemagne, et qui écrira plus tard le roman de Pierre Schlemihl (1814). Madame Elisabeth aima les livres; ceux de sa bibliothèque étaient élégamment reliés, timbrés d'un écusson en losange aux armes de France, surmonté d'une couronne ducale. La Bibliothèque de l'Arsenal en possède un, l'Office de Saint-Symphorien, qui rappelle les habitudes pieuses de la jeune princesse, et qui a dû l'accompagner bien souvent dans ses visites à sa paroisse. Cette église de Saint-Symphorien était celle de Montreuil: église très simple, assez laide, au style de temple grec, surmontée d'une sorte de pigeonnier carré, où sonnait une unique cloche, dont Madame Elisabeth avait été la marraine. Comme la maison de Montreuil n'avait pas de chapelle, la princesse s'y rendait à pied par les ruelles, souvent «par une crotte indigne», car l'accès en était difficile aux carrosses. C'est à propos de cette église qu'elle écrivait à Mme de Raigecourt, le lundi de Pâques: «J'ai l'air d'une vraie campagnarde: c'est que je suis à Montreuil depuis midi. J'ai été à vêpres à la paroisse. Elles sont aussi longues que l'année dernière, et ton cher vicaire chante O Filii d'une manière aussi agréable. Des Essarts a pensé éclater, et moi de même.»

Les seules fêtes de la résidence de Montreuil, nous ne voulons pas dire le château, étaient celles de l'étude et de l'amitié. Entre Mme de Mackau et son vieux maître Le Monnier, qui tous deux avaient une habitation voisine, la princesse passait des heures délicieuses. Le Monnier, raconte Mme d'Armaillé, associait Madame Elisabeth à ses recherches de botanique dans son jardin, à ses expériences de physique dans son cabinet. Le jeune Chamisso y assistait souvent à la suite de la princesse, et il en acquit des connaissances qui, plus tard, ne furent pas inutiles à sa carrière et à sa réputation. Chez elle nous voyons souvent Madame Elisabeth occupée à de vrais plaisirs de bibliophile. Plus d'une de ses matinées sont occupées à ranger ses livres. «Ma bibliothèque est presque finie, écrit-elle à Mme de Raigecourt, les tablettes se placent; tu n'imagines pas quel joli effet font les livres.»

IX

Caroline de Bourbon, fille du roi François Ier, roi de Naples, qui, en 1816, à dix-huit ans épousa le duc de Berry, clôt dignement cette liste des princesses de Bourbon bibliophiles. D'un esprit très vif, très naturel, aimant les lettres et les arts, la duchesse de Berry, même après l'assassinat de son mari, en 1820, resta la protectrice des artistes et des gens de lettres. Sa collection de tableaux, et la collection de livres qu'elle s'était formée au château de Rosny, furent également célèbres. Les événements de 1830 les dispersèrent l'une et l'autre.

La bibliothèque du château de Rosny fut une des mieux choisies, des plus élégantes, par ses exemplaires et par ses reliures, que l'on ait comptées dans la première moitié de ce siècle. Les livres en étaient presque tous timbrés sur le plat recto aux armes de la duchesse: de France à la bordure engrêlée de gueules qui est de Berry, accolé des Deux-Sicile; sur le plat verso, de son chiffre C couronné. La vente en eut lieu du 20 février au 23 mars 1837, dans la salle de la galerie de Bossange père, rue de Richelieu 60. Le Catalogue[ [3], où figurent, sur la feuille de titre, les armes de la Duchesse, très finement gravées en taille douce, entourées de la cordelière des veuves et de deux branches de lis, comprend 2,578 numéros pour les livres, et 74 pour les estampes. La théologie y forme 141 articles, la jurisprudence 36, les sciences et arts 445, les belles-lettres 565, l'histoire 1,163, les manuscrits 86, les lettres autographes 54.

L'auteur de la préface considère comme «superflu» l'éloge de cette bibliothèque, où «chaque article annonce presque toujours le plus bel exemplaire, enrichi de gravures, de portraits, ou d'une riche et élégante reliure. Les manuscrits doivent exciter la curiosité à un très haut degré. Depuis plus de 30 ans, ajoute-il, il ne s'était pas présenté de collection aussi précieuse, sous le rapport de l'antiquité historique; une grande partie de ces richesses ont été recueillies par le célèbre Pithou.»