Les livres de Madame Victoire occupent deux pièces dans le fond de son appartement, savoir: une au rez-de-chaussée contient deux corps d'armoires, dont six à droite, en regardant sur la terrasse, et seulement cinq à gauche, la sixième étant coupée à moitié par la porte d'entrée et formant une petite armoire séparée. Entre les deux corps, au fond de la dite pièce, est une armoire vitrée en glace au tain, laquelle renferme les livres Italiens et Espagnols. Les livres sont distribués sur huit rangs de tablettes, et, autant qu'on l'a pu, suivant l'ordre alphabétique. Les grands formats, considérés comme base, occupent les premières tablettes en bas, et les autres en montant de bas en haut. L'entresolle contient aussi deux corps de tablettes de huit chacun, et les livres y sont distribués suivant le même ordre et les lettres correspondantes.
Ce catalogue forme 274 feuillets in-folio. Un second, rédigé en 1777, (Bibliothèque de l'Arsenal, manuscrit no 6275), comprend 121 pages. Le «Catalogue des livres de la bibliothèque de Madame Adélaïde, 1786», forme un volume in-folio, relié en maroquin rouge, dentelle, timbré de ses armes, de 425 pages, dont 37 pour la philosophie et la jurisprudence, 30 pour les arts et sciences, 36 pour la poésie, et 63 pour l'histoire (Bibliothèque de l'Arsenal, manuscrit no 6277). En tête se voit un portrait à l'aquarelle de la princesse représentée en Minerve, assise devant un bureau. Un quatrième catalogue porte ce titre: Catalogue de la bibliothèque de Mesdames à Bellevue, 1789 (Bibl. de l'Arsenal, ms. no 6276).
VIII
La reine Marie-Antoinette eut plusieurs bibliothèques: une à Trianon, dont le catalogue a été publié, par Louis Lacour, sous le titre: Livre du boudoir de la reine Marie-Antoinette, Paris, Gay, 1862, in-16. Un inventaire de cette même bibliothèque, dressé par ordre de la Convention, a été publié, d'après le manuscrit de la Bibliothèque de l'Arsenal, par Paul Lacroix sous ce titre: Bibliothèque de la reine Marie-Antoinette au petit Trianon. Les livres en furent déposés, en 1800, à la Bibliothèque publique de Versailles, et les doubles vendus, en vertu d'une délibération du Conseil Municipal de cette ville. Un autre catalogue manuscrit en existe à la Bibliothèque nationale.
L'autre bibliothèque de Marie-Antoinette était aux Tuileries. Les livres en portaient, presque tous, soit au dos, soit sur les plats, au bas des armes, les initiales couronnées C. T. Ils furent transportés, en 1793, à la Bibliothèque nationale, où ils sont aujourd'hui.
Le catalogue en avait été dressé. Il forme un volume manuscrit, conservé à la Bibliothèque nationale, sous le no 13001, du fonds français. Il comprend 146 pages in-4o, relié en veau brun marbré, fil. Les armes, aux deux écussons accolés de France et d'Autriche surmontés de la couronne royale, ont été grattées. Sur le titre intérieur: Catalogue des livres de la Reine, les mots la Reine ont été grattés. Dans une espèce d'avertissement placé au commencement de ce catalogue, on lit:
Le catalogue suivant n'a d'autre objet que de procurer [à la Reine] la facilité de mettre le doigt sur chaque livre sans être obligé de les chercher. J'en écarterai donc toutes les divisions et subdivisions qui pourraient l'embarrasser. Il s'agit simplement de guider ses yeux.
On y trouve de précieux renseignements sur la manière dont la bibliothèque de la reine était disposée.
Son cabinet de livres, y lit-on, est composé de dix armoires séparées chacune par une cloison, et chaque armoire contient huit tablettes ou rayons. Chaque armoire est marquée par une lettre de l'alphabet à commencer par celle que Sa Majesté a à sa main gauche en passant la porte par laquelle elle va de sa chambre dans sa bibliothèque. Cette armoire est désignée par la lettre A. Celle qui se trouve à droite de la même porte est l'armoire B, et ainsi de suite en faisant le tour jusqu'à la lettre K.
Ce catalogue est divisé en deux parties, la première où les livres sont inscrits par ordre de matière, la seconde par ordre alphabétique. Nous voyons que les divisions de l'ordre par matière avaient été faites par le roi lui-même. «Pour ces divisions, lisons-nous, on a suivi celles que le roi a indiquées lui-même, en faisant le premier arrangement des livres qui a épargné au bibliothécaire plus de la moitié de son travail.»