Le XVIIe siècle marque l'apogée de l'autorité royale. Louis XIV la concentra dans sa personne. Il en fit le principe du gouvernement et n'entendait pas qu'on la discutât. La liberté de la parole n'existait pas en matière politique. Elle resta exclusivement le privilège de la chaire. Là le roi lui laissa pleine carrière. Les orateurs, que leur ministère y appelait, purent l'exercer sans contrainte, et nul n'y apporta plus de génie et d'éloquence que Jacques Bénigne Bossuet.

Il débuta de très-bonne heure étonnant ceux qui l'écoutèrent. Les beaux-esprits de l'hôtel de Rambouillet[55] ayant voulu l'entendre, il y prêcha un soir un sermon qui fit dire à l'un d'eux (Voiture) "qu'il n'avait jamais entendu prêcher ni si tôt ni si tard." Il faisait allusion au jeune âge de l'orateur et à l'heure avancée de la soirée.

Quand le roi l'eut entendu il écrivit à son père pour le féliciter d'avoir un tel fils. Il ne tarda pas à lui donner un témoignage plus substantiel de sa faveur en le désignant pour l'évêché de Condom, et pour les fonctions de précepteur du Dauphin.

Quoique l'élève royal fît peu d'honneur au maître, Bossuet déploya dans ces fonctions autant d'enthousiasme que de génie. Elles lui fournirent l'occasion de composer quelques uns de ses principaux ouvrages; le Traité de la Connaissance de Dieu et de soi-même, la Politique tirée de l'Écriture Sainte, et le Discours sur l'Histoire Universelle.

Ces livres placent leur auteur au rang des grands penseurs, des grands philosophes, des grands historiens du monde; mais la partie la plus populaire de sa gloire est celle d'orateur, et il la doit surtout à ses Oraisons Funèbres.

Il s'était exercé dans ce genre dès les premières années de son séjour à Paris. Le panégyrique du père Bourgoing, général de l'Oratoire[56] et celui de Nicolas Cornet, grand-maître du collège de Navarre, contiennent déjà de grandes beautés; mais ce fut à l'occasion de la mort de Henriette d'Angleterre qu'il déploya toutes les ressources d'un génie inimitable: c'était le triomphe de l'éloquence chrétienne. Il le renouvela plusieurs fois. De 1669 à 1687 il prononça six oraisons funèbres: celle de Henriette Marie de France, reine d'Angleterre; celle de Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans; celle de Marie Thérèse d'Autriche, reine de France et de Navarre; celle d'Anne de Gonzague, Princesse Palatine; celle de Michel Le Tellier, chancelier de France, et celle de Louis de Bourbon, prince de Condé. Les plus admirées sont la première, la deuxième et la sixième.

Lorsque l'éducation du Dauphin fut terminée, Louis XIV le nomma évêque de Meaux. À partir de cette époque il ne s'occupa plus que de ses devoirs d'évêque, de l'administration de son diocèse, de l'enseignement des enfants et des intérêts de l'église.

Les principaux ouvrages qu'il composa alors sont les Élévations sur les mystères, les Méditations sur l'Évangile, un traité sur la Comédie, les Avertissements aux Protestants, et l'histoire des variations du Protestantisme.

La sublimité de ses pensées, la pénétration de son esprit et la vigueur de son style justifient le surnom d'aigle de Meaux qu'on lui donna.

Bossuet est des écrivains du XVIIe siècle celui dont l'influence a été la plus vaste et la plus salutaire. Les intérêts de l'église, les intérêts de l'état, et ceux de l'esprit humain passèrent devant lui comme devant leur avocat ou leur juge. Il n'y en avait pas de si petits qu'il n'estimât dignes de son attention; il n'y en avait pas de si grands auxquels n'atteignît l'élan de son intelligence, et cela naturellement, sans effort et sans ambition vaine. Dans ses travaux multiples il cherchait avant tout la gloire de Dieu et le bien du prochain.