Il n'a cherché qu'une chose, s'ébaudir. Peut-être était-ce pour ne pas pleurer.
Car selon l'humeur de cet âge
Chacun, pour cacher son malheur,
S'attachait le ris au visage,
Et les larmes dedans son cœur.
Mais non, Rabelais a ri parce qu'il ne pouvait faire autrement. Rabelais est le rieur par excellence....
Il rit sans raison, par un simple besoin de joie, par un mouvement de gaieté animale.... Il met les convenances sous les pieds;... le sentiment de la décence lui est étranger....
Il est obscène plutôt qu'immoral. Il se complaît dans l'ordure, mais il n'est pas corrompu. Son livre comme il le proclame lui-même "ne contient mal ni infection."
Rabelais est un bouffon, un fou de cour auquel on finit par passer des libertés excessives en faveur de ses traits de sagesse.
On dirait à le voir quelque Pantagruel en personne, un être énorme, malpropre, joyeux et bon....
Rabelais va parcourant toute la gamme des sentiments humains, aussi à l'aise dans le sublime que dans le trivial, assez vaste ou assez souple pour réunir en lui tous les contrastes. De là cette variété qui prépare chez lui tant de surprises au lecteur. Mais ce n'est qu'un de ses attraits. Il en a de toutes sortes et des plus vifs: le libre regard sur toutes choses, l'ingénieuse satire, je ne sais quelle grâce et quelle charmante naïveté, l'invention inépuisable, la verve indomptable, le flot intarissable, les ressources du vocabulaire.
Il a été moins un artiste qu'un génie, et cependant il a eu, lui le premier, ce qui avait manqué au moyen-âge, la façon de dire, comme aussi il a eu, ce qui allait se perdre après lui, la faculté de se créer une langue.
E. Scherer.