Il y a quarante ans que je n'étais point, et qu'il n'était pas en moi de pouvoir jamais être, comme il ne dépend pas de moi, qui suis une fois, de n'être plus; j'ai donc commencé, et je continue d'être par quelque chose qui est hors de moi, qui durera après moi, qui est meilleur et plus puissant que moi; si ce quelque chose n'est pas Dieu, qu'on me dise ce que c'est.[(Back to Content)]

ÉCRIVAINS SECONDAIRES.

À côté ou au-dessous des dix écrivains hors ligne, dont le premier est Descartes et le dernier La Bruyère, il y en eut au XVIIe siècle qui, à un niveau moins élevé, ont brillé d'un vif éclat et acquis une renommée durable.

Quelques-uns d'entre eux ont eu une part de popularité à peine moindre que les plus populaires, et leurs œuvres se recommandent à l'estime, parfois à l'amour et à l'admiration des lecteurs par des qualités éminentes d'originalité et de style.

En premier lieu il faut citer les Lettres de Mme. de Sévigné. La plupart sont écrites à sa fille, Mme. de Grignan, presque toutes sont des chefs-d'œuvre de style, d'esprit ou de sentiment. Elles font connaître, mieux qu'aucun autre livre de ce temps, et d'une façon délicieuse, la vie, le ton, les manières de la société élégante du XVIIe siècle et de la cour de Louis XIV.

Mme. de Sévigné mérite une place à part parmi les femmes écrivains. Sans aucune prétention d'auteur elle a laissé trotter sa plume en écrivant ses Lettres, et a simplement atteint à la perfection du genre. D'autres noms d'écrivains éveillent l'idée de telle ou telle qualité; quand on dit Mme. de Sévigné on veut dire toutes les grâces de l'esprit, toutes les tendresses du cœur. On ne saurait se passer de lire au moins un recueil choisi de ses Lettres, pour peu qu'on se pique de savoir ou d'étudier la langue française.

Deux autres dames du grand monde ont ajouté l'illustration littéraire à celle de la naissance et de la fortune, Mme. de La Fayette par ses deux jolis romans de Zaïde et de la princesse de Clèves, et Mme. de Maintenon par le recueil de ses Lettres, imprimées après sa mort.

Mme. de Motteville publia des Mémoires pour servir à l'histoire d'Anne d'Autriche, femme de Louis XIII. Elle a un air d'observatrice honnête et sincère, et l'art de conter avec simplicité et naturel.

Le duc de La Rochefoucauld, qui occupa par sa naissance une brillante position sociale, occupe une belle position parmi les écrivains moralistes par son livre des Maximes. C'est un livre écrit d'un style ferme, concis et passionné, avec l'amertume d'un grand seigneur égoïste, sans illusion et sans confiance dans la nature humaine.

Le cardinal de Retz a laissé des Mémoires qui contiennent l'histoire de la Fronde. Il joua lui-même un rôle actif dans les évènements qu'il raconte, avec un certain air de grandeur, dans une langue piquante, impétueuse et originale, comme le fut sa conduite.