Racine.
Né à la Ferté-Milon en 1639; mort en 1699.
Jean Racine naquit l'année même que Corneille faisait paraître Horace et Cinna.
Orphelin de père et de mère dès l'âge de trois ans, il passa sous la tutelle de son aïeul paternel, et à sa mort sous celle de sa veuve. Il commença ses études au collège de Beauvais et les termina à Port Royal des Champs. Ce fut là, dans le commerce des hommes pieux et savants, qu'on appelait les solitaires de Port Royal, Lemaître, Sacy, Lancelot Nicole, qu'il puisa le goût des bonnes lettres et les principes religieux qui ne l'abandonnèrent jamais.
Il lui arriva, dans le cours de ses études, un incident qui prouve son ardeur au travail et sa probité d'écolier. Il lisait le roman grec de Théagène et Chariclée. Lancelot, son professeur, n'approuvant pas ce genre de lecture, lui prit le livre et le jeta au feu. Un second exemplaire eut bientôt le même sort. Il s'en procure un troisième, l'apprend par cœur, et le portant ensuite à son maître lui dit: Vous pouvez encore brûler celui-ci.
Racine débuta, en poésie, par deux odes, la Nymphe de la Seine et la Renommée aux Muses. La première sur le mariage du roi lui valut une belle gratification de Colbert, l'autre fut l'occasion de sa liaison avec Boileau, qui devint dès lors son censeur et son meilleur ami.
Un peu avant cette époque il connut Molière qui lui donna le plan de la tragédie des Frères ennemis, et, quoique pauvre lui-même, une somme de cent louis pour l'aider à travailler librement. Cette tragédie et celle d'Alexandre qu'il produisit ensuite font pressentir un grand talent, mais c'est dans Andromaque que Racine se révéla complètement en 1667.
Le succès immense de cette pièce démentit Corneille, qui avait dit que Racine avait du talent pour la poésie, mais pas pour la tragédie.
Il avait non seulement du talent pour la tragédie, il en avait, et du meilleur, pour la comédie, comme le prouve sa comédie des Plaideurs, où il se montre digne émule de Molière par la plaisanterie et la verve comique.
En dix années il donna successivement les Plaideurs, Britannicus, Bérénice, Bajazet, Mithridate, Iphigénie et Phèdre. Ce sont des œuvres admirables, dans lesquelles se manifestent à la fois la fécondité et la perfectibilité de son génie, mais elles ne reçurent pas toujours l'accueil qu'elles méritaient. Ses ennemis s'acharnèrent à monter le public contre lui, et Phèdre, qui est une des plus puissantes créations du poëte, échoua contre leur jalousie et leurs cabales.
Racine en eut tant de chagrin qu'il renonça au théâtre à l'âge de trente-huit ans, c'est-à-dire dans la plénitude de ses forces et de son talent. Ce n'est qu'au bout de douze ans que, sur la demande de Mme. de Maintenon, il composa Esther et Athalie. Cette dernière pièce, qui est son chef-d'œuvre, et celui de la scène française, ne fut malheureusement pas comprise. Cela le découragea ou le dégoûta complètement, et il ne donna plus rien au théâtre les dix dernières années de sa vie.