—Oh! c'est si près de la maison! Dix secondes te suffiront pour aller et venir.

—Euh! euh! dix secondes! pas avec ma guibolle de bois, objecta l'invalide dont la voix qui fléchissait indiqua à Henriette qu'il fallait insister.

—Songe donc un peu! Si c'était M. la Godaille? appuya-t-elle.

—Allons! on y va! lâcha Carambol.

Comme l'avait dit Henriette, c'était tout près de la maison... si près même que, par malheur, Carambol, croyant n'avoir pas à perdre la porte de vue, négligea de la fermer. Il partit, laissant la lumière qui brûlait sur la table.

J'en suis certain, le Tombeur-des-Crânes ne pensait pas à l'assassiner. Il voulait le mettre dans l'impossibilité de regagner la maison. La preuve en est dans un détail qui échappa le lendemain à l'enquête, quand on releva le cadavre.

La jambe de bois était brisée!

On attribua cette rupture à la chute de l'invalide mortellement blessé.

Pour moi, il dut en être autrement. Je parierais que le Tombeur-des-Crânes, accroupi dans un fossé de la route, sur le passage de Carambol, bien au niveau du sol, a brisé la jambe de bois du coup violent d'un gourdin qu'il s'était fait en arrachant un jeune arbre du taillis. Cette sorte de massue, encore fraîche dans ses éclats, je l'ai retrouvée le lendemain à dix mètres de l'endroit du crime.

L'idée de casser la jambe à Carambol était très adroite. C'était immobiliser le brave homme sur place pendant tout le temps nécessaire au Tombeur-des-Crânes pour visiter la maison à la recherche de son chien.