Pour ce qui est de la fin du drame, j'en suis réduit aux conjectures. Carambol, malgré son âge, était encore un homme vigoureux. S'il manquait par une jambe, il se rattrapait par des bras solides. Je suppose donc que, dans sa chute, il sera tombé sur Alfred qu'il aura saisi de ses mains de fer... Qui sait s'il ne l'étranglait pas!!! Alors le Tombeur-des-Crânes aura demandé sa délivrance à son couteau.

Aussitôt libre, il s'élança vers la maison.

Pas plus qu'il n'avait projeté la mort de Carambol, je crois que le misérable n'avait pensé à Henriette. Il comptait trouver le chien dans la salle d'en bas ou dans les communs du jardin, et, après avoir visité le rez-de-chaussée, il allait passer dans les dépendances extérieures quand, au bruit de ses pas qu'il ne songeait pas à assourdir, Henriette, croyant au retour de l'invalide, demanda d'en haut:

—Eh bien, Carambol, qu'était-ce, vieil ami?

A cette voix de la fille de son ennemi, la haine qu'il avait vouée au brigadier se réveilla terrible et, dans son cerveau incendié, se dressa, soudaine, furieuse, irrésistible, la pensée d'une atroce vengeance... Vous savez le reste.

Voilà, je le répète, comment j'ai reconstruit le drame à l'aide de ce que je savais et des confidences d'Henriette.

Je la vois encore, la pauvrette, lorsque, la tête cachée sur ma poitrine, elle me fit, à grand'peine, le récit de la lutte où elle avait succombé, s'affligeant moins sur elle que sur son père lorsqu'il apprendrait la vérité.

—Pauvre père! pauvre père! sanglotait-elle.

Hélas! pouvais-je dire que celui pour qui elle redoutait une immense douleur ne reviendrait jamais sous ce toit qui ne devait plus abriter qu'elle seule?

Tout à coup elle me demanda: