Et, tout superbe, Athanase Fraimoulu articula avec un sourire de triomphe:

—Grâce au talent de Pétronille, je compte, avant peu, prendre ma revanche de l'échec que m'a valu cette misérable Nadèje... Dès demain, j'enverrai de nouvelles invitations.

Gontran crut devoir prêcher un tantinet la prudence à son oncle.

—A votre place, j'attendrais, conseilla-t-il doucement.

—Attendre quoi? fit Fraimoulu.

—Que Pétronille m'ait bien prouvé son prodigieux talent.

—Mais elle me l'a prouvé ce matin même à déjeuner.

—Ah! elle vous a fait un fin déjeuner?

—Fin? Non. Et c'est là son mérite... Elle m'a servi le plat le plus simple, le plus vulgaire. Dame! tu comprends? Cette fille arrivait. Elle a employé le premier ingrédient qu'elle avait sous la main. J'avais faim. Elle était donc pressée. Je lui ai laissé la bride sur le cou sans rien commander. Je l'attendais là... Elle ne m'a servi qu'un plat, mais je m'en suis fourré jusque-là, par exemple!... Donc, qui sait faire pareil régal d'un si modeste plat doit opérer des miracles quand elle s'attaque aux savantes combinaisons de l'art.

Et Fraimoulu, plein d'enthousiasme, répéta en se passant la main sous le menton: