—Comme, tout à ma chute et à celle de mon petit salé, je n'avais pas retrouvé la parole, il me bouscula encore pour se dégager le passage et reprit sa course en disant:

—Au lieu de perdre mon temps à interroger des bourriques, mieux serait de rattraper mon gueusard.

J'abandonnai donc mon petit salé que caressait, en murmurant, l'eau boueuse du ruisseau, et je retournai chez le charcutier. Ainsi que j'ai eu l'honneur de vous le dire, il me fallut attendre que la marmite eût ravitaillé la boîte du comptoir. Je me tenais sur la porte de la boutique, regardant passer le monde, quand je vis revenir mon jeune homme. Il rentrait bredouille de sa chasse. Mine penaude, en proie à une vive émotion, il gesticulait en se parlant. A son passage devant moi, je l'entendis qui murmurait:

—C'est à croire qu'il n'a pas quitté la maison, car j'étais trop sur ses talons pour qu'il ait eu le temps de prendre ainsi le large.

—Comment était ce jeune homme? demanda Gontran.

—Vêtu d'un costume bleu, de grande taille, une moustache hérissée en chat.

—C'est La Godaille, pensa Gontran.

Et immédiatement il se demanda:

—Est-ce qu'il poursuivait ce même individu dont Cydalise, en reprenant connaissance, s'est informée lorsqu'elle s'est écriée: Est-il parti?

A écouter Hilarion, le jeune homme avait complètement oublié le pauvre Athanase Fraimoulu qui, ayant regagné son fauteuil, enrageait de faim, en n'ayant à ronger que son impatience. Heureusement que l'oncle prit soin de se rappeler au souvenir de son neveu. Du fond de la salle à manger, on entendit arriver dans la cuisine sa voix qui demandait: