—Dame! Près d'une heure, quand le charcutier est de l'autre côté de la rue!
—C'est que le charcutier n'avait plus de petit salé tout prêt et qu'il m'a fallu attendre qu'il en tirât de la marmite quand je m'y suis présenté pour mon second achat.
—Votre second achat? Que voulez-vous dire?
Toujours respectueux, Hilarion répondit:
—Je me serais senti mourir de honte si j'avais eu l'honneur de servir sur la table un petit salé ayant traîné dans la boue du ruisseau, ainsi qu'il est advenu à ma première acquisition.
—Il vous est donc arrivé un accident?
—Oui, monsieur, mais, je vous supplie de le croire, nullement par ma faute... Veuillez savoir que je revenais avec mon premier petit salé... tous morceaux de rare choix, cueillis par moi dans la boîte du comptoir avec une longue expérience acquise au service du noble duc del Punaisiados... Je revenais donc, dis-je, tout heureux d'avance des compliments qu'allait m'adresser M. le baron de Fraimoulu, quand, à mon entrée sous la voûte de la maison, je fus brutalement renversé par un animal lancé sur moi...
—Un animal? répéta Gontran. Un chien, alors, qui avait flairé votre charcuterie?
—Non, monsieur. Un jeune homme, véritable oiseau fou, qui courait à pleine volée en sortant de la maison. Tout en m'aidant à me relever, il me débitait questions sur questions.
—L'avez-vous vu? Courait-il? De quel côté a-t-il tourné?