Il y eut un moment de silence entre les deux hommes, qui restèrent face à face, l'un n'osant parler, l'autre tremblant d'interroger.

Ce fut le juge qui, au prix d'un pénible effort, commença en demandant d'une voix qu'il essayait vainement de raffermir:

—Qu'avez-vous à me dire?

Frédéric Bazart parut hésiter d'abord. Rassemblant ensuite son courage, il attaqua, comme on dit, le taureau par les cornes et répondit d'un ton qui, si étrange que fût la phrase, n'avait pas le moindre accent ironique.

—J'ai à vous dire, monsieur Grandvivier, que je crois avoir deviné pourquoi vous avez voulu que je vous apprisse à faire sauter la coupe.

Puis, sans laisser au magistrat, qui avait tressailli, le temps de dire un mot, il continua:

—Malgré ma vie passée, croyez-vous qu'il y ait en moi un honnête homme? un garçon capable, maintenant qu'il a mis le pied dans le droit chemin, de le suivre jusqu'au bout sans jamais broncher?

—Oui, je vous reconnais pour l'homme que vous dites. En si périlleuse tentation que puisse vous mettre l'avenir, je suis certain que vous ne faillirez plus.

—Alors vous avez confiance en moi?

—Confiance pleine et entière.