Dès que son regard eut plongé dans le salon, on entendit sa voix, aimable au possible, qui disait:

—Mille pardons de vous avoir fait attendre, monsieur de Walhofer. Entrez donc par ici.

En entendant s'approcher le pas du baron qui allait pénétrer dans le cabinet, le brave La Godaille avait tressauté en pâlissant:

—Ne pas étrangler ce gueusard! Voilà qui va être dur à cracher pour moi!... mais j'ai juré d'obéir! murmura-t-il.

VIII

Pour bien comprendre l'audace impudente qui ramenait M. de Walhofer chez M. Grandvivier, il faut remonter de quelques heures dans la vie du baron, c'est-à-dire au moment où il était revenu de visiter seul et en plein jour la petite maison de Billancourt, cette masure au caveau secret à laquelle, la nuit précédente, l'avait conduit, sans s'en douter, le docteur Gustave Cabillaud, qu'il suivait à la piste.

De cette expédition il était revenu, valise en main, disant avoir manqué le train de Bruxelles à son portier, à qui, en s'éloignant le matin, il avait annoncé partir pour la Belgique.

Après être remonté chez lui pour y déposer sa valise qui, au lieu d'effets et de linge, contenait des outils de menuisier et de serrurier qui, probablement, lui avaient servi, à Billancourt, à préparer quelque contre-mine au projet du docteur Gustave, le baron était sorti une seconde fois pour aller déjeuner dans un restaurant à la mode.

Le temps était beau; il invitait le flâneur à la promenade. Rien donc de plus naturel que le baron, au sortir de table, s'en allât, le cure-dents à la bouche, baguenauder le long des boulevards jusqu'à la rue de la Paix, qui le conduisit au jardin des Tuileries.

Là, en vrai désoeuvré qui veut jouir à la fois du repos et de l'ombre, il s'était dirigé vers un des superbes quinconces de marronniers sous lesquels des chaises de paille attendent le promeneur fatigué. La partie du jardin choisie par le baron était bien un peu déserte, loin des parterres où, à ce moment, se concentrait l'animation. Mais il n'était pas le seul qui eût le goût de la solitude, car, avant lui, une vieille dame s'était déjà installée en ce coin retiré, où une dizaine de chaises entouraient le pied d'un arbre.